Financer des projets propres

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Le Crédit Agricole a construit depuis plus de 10 ans une démarche d’engagement sur les risques environnementaux et climatiques, visant à couvrir l’ensemble de ses métiers.
Cette démarche s’est appuyée sur un travail important de quantification de leurs émissions carbone et le Crédit Agricole a été la première banque française à estimer les émissions carbone dues à ses financements. Entretien avec Stanislas Pottier, directeur du développement durable et Michel Auzet, responsable environnement à la Direction du développement durable de Crédit Agricole SA.

Valeurs Vertes : A l’approche de la COP21, quelles sont les orientations prises par le Cré¬dit Agricole pour lutter contre le changement climatique ?
Michel Auzet : Une méthodo¬logie a été établie avec l’Univer¬sité Paris Dauphine et l’Ecole Polytechnique. Ouverte à tous, elle a été reprise comme modèle pertinent dans un guide secto¬riel sur la quantification des émissions carbones induites, co-publié par l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie), l’ORSE (Observatoire de la Responsabi¬lité Sociale d’Entreprise) et l’as¬sociation Bilan Carbone. Ce travail a permis d’esti¬mer dès 2012 l’empreinte carbone de l’ensemble des financements du Groupe, aujourd’hui de 160MT équivalent CO2 (100MT pour la seule banque de financement et d’investissement CA¬CIB). Cela nous a aussi fourni une cartographie sectorielle et géographique de l’intensité carbone de nos portefeuilles. C’est sur cette base que nous avons élaboré des politiques sectorielles encadrant nos activités sur les secteurs à la fois les plus carbo¬nés et les plus importants dans nos portefeuilles : l’énergie et les transports. Nos 10 politiques secto¬rielles couvrent ainsi environ 83% des émissions induites par CACIB.
Cette attitude proactive et en anticipation nous a conduit à « ouvrir la marche » du secteur financier à plusieurs reprises : le Crédit Agricole a ainsi été la première grande banque au monde à exclure tout financement de projet d’exploration ou d’exploita¬tion pétrolière off-shore en Arctique (2012). Nous sommes aussi une des rares banques au monde à avoir un encadrement spécifique de l’exploitation de gaz de schiste. En mai 2015, nous avons encore été la première banque à exclure tout financement de mine de charbon ou d’entreprise spécialisée dans cette activité et, en septembre dernier tou¬jours, la première à exclure tout financement de centrale thermique à charbon dans les pays à haut revenus. Nous avons également introduit de nou¬velles diligences dans l’analyse des clients de notre banque de financement et de leurs projets, relatives au climat et au prix du carbone.
Mais il ne faut pas oublier tout ce que nous faisons en parallèle pour promouvoir les énergies renouve¬lables. Le Crédit Agricole est le premier financeur bancaire des ENR en France et le premier finan¬ceur bancaire de l’efficacité énergétique du bâti¬ment. Nous avons financé dans le monde plus de 20GW d’ENR installés, c’est-à-dire l’équivalent de la consommation annuelle de 10 millions de foyers français. Plusieurs Caisses régionales de Crédit Agricole ont des participations dans des acteurs locaux de référence sur les ENR et interviennent aussi en soutien de la recherche et développement et de jeunes structures, comme par exemple sur les énergies marines en Bretagne. Sur la méthanisa¬tion, nous avons développé une expertise inégalée en France et possédons aujourd’hui plus de 80% de part de marché.

Les Green bonds sont des obligations classiques mais dont l’utilisation est fléchée vers des projets liés à la transition énergétique et au climat, avec des garanties de contrôle et de transparence.
CACIB a accompagné des institutions financières internationales, des collectivités territoriales et des entreprises

V.V. : Ces mesures importantes concernent vos financements. Avez-vous également mis en place des outils financiers pour favoriser une économie bas carbone ?
Stanislas Pottier : C’est notre rôle que de fournir les instruments les plus innovants et les mieux adaptés à nos clients pour les accompagner dans la transition vers une économie bas carbone. La gestion d’actifs par exemple, permet d’orienter des investissements vers une économie moins carbonée. Dès fin 2014, Amun¬di a mis au point avec le fabriquant d’indices améri¬cain MSCI et 3 fonds de retraites (le fonds suédois AP4 ainsi que les fonds français FRR et ERAFP) des fonds indiciels bas carbone. Depuis le printemps 2015, une gamme de fonds indiciels bas carbone a été mise sur le marché par Amundi et est disponible pour tous nos clients institutionnels. La méthodologie Amundi vise à réduire de 50% l’empreinte carbone de ces nouveaux fonds par rapport aux fonds indiciels classiques, tout en veillant à ce que l’erreur de réplica¬tion par rapport à l’indice de référence reste minime et que le rendement soit égal ou supérieur aux fonds in¬diciels classiques. Il est d’ailleurs intéressant de consta¬ter que depuis leur création, ces fonds ont une pro¬gression supérieure à l’indice de référence. Preuve que le marché commence à intégrer le risque carbone.
Autre exemple, en banque de financement et d’inves¬tissement, CACIB est un des acteurs mondiaux les plus importants en matière de Green bonds. CACIB a également été une des 4 banques (avec Bank of Ame¬rica Merrill Lynch, Citi et JP Morgan) à participer à l’élaboration d’une charte de bonnes pratiques pour ce type de fonds, les Green Bonds Principles (aujourd’hui repris par plus de 30 banques). Les Green bonds sont des obligations classiques mais dont l’utilisation est fléchée vers des projets liés à la transition énergétique et au climat, avec des garanties de contrôle et de trans¬parence. CACIB a accompagné des institutions finan¬cières internationales, des collectivités territoriales et des entreprises. Les Green Bonds intéressent aussi de plus en plus les investisseurs institutionnels dans le cadre de leurs stratégies de placement.
Sans être exhaustif, on peut aussi mentionner des coopérations et partenariats tout à fait intéressants permettant d’accroître les financements en faveur de la transition énergétique : partenariat entre la filiale d’assurance vie du Groupe, Predica, et EDF, ou constitu¬tion d’une société de gestion d’actifs spécialisée commune entre Amundi et EDF et très récemment, sur le même modèle, entre Amundi et ABC (Agricultural Bank of China). Autre exemple inno¬vant, un fonds d’investisse¬ment de 50M € visant à financer la « troisième révolu¬tion industrielle » en Nord- Pas-de-Calais et dans lequel la Caisse régionale de Crédit Agricole Nord de France a investi, aux côtés de la BEI, la CDC et du FEDER. Ce fonds d’investissement inédit, opérationnel dès 2016, devrait permettre de mobiliser cinq fois plus d’argent soit 250M€, sur l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, les bâtiments à énergie positive, le stockage de l’énergie etc. dans la région.

V.V. : Avez-vous pris des mesures pour réduire votre impact direct sur l’environnement ?
S. P. : Les différentes entités du Groupe Crédit Agri¬cole ont pris des mesures pour réduire leur consom¬mation d’énergie ou leurs émissions liées aux trans¬ports. Par exemple, sur le périmètre francilien des bâtiments du Groupe CASA (400 000m2 environ), les consommations d’énergie ont baissé de 15 % au cours des 3 dernières années.
Nous sommes en train de définir les objectifs de ré¬duction de GES à atteindre au cours des 5 prochaines années dans le cadre de notre nouveau plan straté¬gique. Des annonces seront faites au cours de la COP21 sur ces objectifs et sur les moyens déjà mis en oeuvre pour alimenter le Groupe CA en électricité d’origine renouvelable.
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