20 % de surpêche autorisée dans les eaux européennes selon une nouvelle étude

Communiqué de presse de la New Economics Foundation

Ces 15 dernières années, les quotas de pêche de l’UE ont été fixés 20 % au-dessus des avis scientifiques.

Une nouvelle étude de la New Economics Foundation (NEF) révèle que les ministres de l’Union européenne (UE) ont systématiquement décidé de fixer les limites de pêche au-dessus des avis scientifiques, causant ainsi la perte de milliards d’euros de potentiel économique.

Publiées dans la revue scientifique Marine Policy, les révélations montrent que des niveaux dangereux de surpêche ont été autorisés dans les eaux européennes ces 15 dernières années.

Cette étude montre également les résultats suivants :

  • Les ministres ont systématiquement ignoré les avertissements. Les ministres de l’UE ont continué à fixer des limites au-dessus des avis scientifiques dans le cas de 7 quotas de pêche sur 10, ce qui permet la poursuite d’activités de pêche non durables.
  • La France est le pays qui dépasse le plus souvent les avis scientifiques. Chaque année, elle fixe en moyenne 45 quotas au-dessus des niveaux recommandés.
  • La situation s’améliore. Le volume des quotas fixés au-dessus des avis scientifiques a diminué, passant de 33 % en 2001 à 7 % en 2015. L’an dernier pourtant, 30 quotas étaient encore au moins 50 % supérieurs aux avis scientifiques.
  • Il reste encore beaucoup à faire. Les 14 et 15 décembre prochains, les ministres se rencontreront afin de négocier les quotas de pêche pour l’année 2016.

Des décennies de surpêche dans les eaux européennes ont conduit à l’épuisement des stocks de poissons et à la perte d’un potentiel économique équivalant à des milliards d’euros. La reconstitution des stocks de poissons à des niveaux durables permettrait de produire davantage de captures, davantage de profits pour les entreprises, davantage d’emplois et de meilleurs salaires.

Chaque année, l’UE reçoit des avis scientifiques clairs sur les niveaux de pêche de sécurité, destinés à encourager la pratique d’une pêche durable. Pourtant, notre étude montre qu’entre 2001 et 2015, 7 quotas de pêche sur 10 ont été fixés en moyenne 20 % au-dessus des niveaux recommandés.

L’Espagne, le Portugal et les Pays-Bas sont les trois principaux États membres de l’UE responsables de la surpêche. Ces pays présentent le plus grand volume de poissons capturés au-dessus des avis scientifiques, un chiffre rapporté en pourcentage de leur quota de pêche total pour tenir compte des différences relatives à la taille des quotas.

Les résultats montrent que la France est un des pays qui soutient la définition de quotas de pêche au-dessus des niveaux recommandés. Les ministres français ont négocié la plupart des quotas au-dessus des avis scientifiques dans l’UE avec, chaque année, une moyenne de 45 quotas supérieurs aux niveaux recommandés.

Griffin Carpenter, modélisateur économique à la New Economics Foundation et co-auteur de l’article paru dans Marine Policy, précise :

« Pour reconstituer les stocks de poissons à des niveaux durables en Europe, il faut mettre un terme à la pratique qui consiste à fixer des limites de pêche au-dessus des avis scientifiques. Si les stocks de poissons sont en meilleur état, ils produiront plus de poissons, plus d’emplois, plus de profits et de meilleurs salaires. »

« Les négociations à huis clos s’accompagnent d’un manque de transparence, mais nos résultats nous permettent d’observer que certains États membres de l’UE négocient des niveaux de quotas nettement plus élevés que les avis scientifiques. Il convient de faire pression sur ces États membres pour qu’ils reconnaissent les avantages de suivre les avis scientifiques et de gérer les écosystèmes marins de manière durable. »

Même si certains États membres de l’UE sont loin de respecter les niveaux recommandés, le niveau moyen de dépassement des avis scientifiques a chuté de 33 % à 7 %. C’est là un point positif : certains stocks de poissons de l’UE ont commencé à se reconstituer et à se rapprocher du rendement maximal durable (RMD).

Les négociations

Tous les ans, les limites de pêche ou quotas sont définis par le Conseil des ministres de la pêche de chaque État membre de l’UE. L’UE s’adresse au Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM), principal organisme scientifique couvrant les eaux de l’Atlantique nord-est, qui lui transmet ses recommandations de limites de pêche, afin de garantir que les flottes et les États membres exploitent les eaux de l’UE à des niveaux durables.

Les ministres entament alors des négociations à huis clos sur la base de ces recommandations, mais les concluent systématiquement en fixant la plupart des quotas de pêche à des niveaux dangereusement supérieurs aux avis scientifiques.

La surpêche nuit à l’économie de l’UE

La définition des limites de pêche au-dessus des avis scientifiques retarde la reconstitution des stocks de pêche de l’UE, ce qui a de graves conséquences économiques. L’étude publiée par la NEF en début d’année (voir note 4) montrait que l’UE pourrait augmenter ses captures de 2 millions de tonnes, dégager des revenus supplémentaires à hauteur de 1,6 milliard d’euros et créer plus de 20 000 emplois : pour cela, elle doit pratiquer une pêche durable et reconstituer les stocks de poissons afin qu’ils atteignent le rendement maximal durable (RMD).

Il reste beaucoup à faire pour que les États membres de l’UE respectent les niveaux de pêche recommandés. La réforme de la politique commune de la pêche de 2013 impliquait l’engagement des États membres à effectuer ces améliorations.

Les ministres de l’UE se rencontreront les 14 et 15 décembre prochains pour négocier les niveaux des quotas de pêche pour l’année 2016 : ils auront là une nouvelle opportunité de faire cesser cette tendance à la surpêche qui dure depuis 15 ans.




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *