A QUOI SERT DE PRÉSERVER LE CLIMAT s’il n’y a plus de vivant ?

Parvis du Trocadéro, la Tour Eiffel scintille comme si elle souhaitait éclairer le parcours fantastique de ce Musée de l’Homme revenu à la vie après des années de fermeture. A quelques semaines de l’ouverture de la Conférence de Paris sur les changements climatiques, la COP 21, deux entreprises françaises très impliquées dans l’écologie territoriale : Séché Environnement pour la valorisation des déchets et Ecocert, organisme de contrôle et de certification pour l’environnement, se sont associées pour nous faire partager leurs expériences et leurs expertises scientifiques pour lutter contre le réchauffement climatique.

Lors de la conférence-débat, moment fort de cette manifestation commune, au titre original : « A quoi sert de préserver le climat, s’il n’y a plus de vivant ? », Pascale Delecluse, directrice de l’Institut National des Sciences de l’Univers, océanographe et climatologue, impliquée dans le GIEC, agrégée de physique et spécialiste des interactions des océans avec l’atmosphère précise : « Le réchauffement n’est plus à prouver. Les observations montrent une augmentation globale de la température de la planète de 0,8 à 0,9 degré. Mais, cette augmentation n’est pas uniforme elle peut se révéler plus forte d’une région ou d’un pays à l’autre. En France, par exemple, elle est d’environ 1,4° à 1,8°. En Sibérie, elle peut être multipliée par un facteur 4. L’augmentation du niveau de la mer se fait aussi en fonction des disparités géographiques. L’atmosphère se réchauffe et l’océan se dilate.»

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Les preuves sont aujourd’hui visibles comme la fonte des glaciers et l’antarctique qui commence à se disloquer. Même en replaçant les canicules, les tempêtes et les pluies cévenoles dans leur contexte historique, Pascale Delecluse insiste sur leur fréquence de plus en plus rapprochée et surtout sur leur inquiétante intensité. Soulignant la complexité des phénomènes, elle met en parallèle la corrélation entre une augmentation très forte des gaz à effet de serre, comme le CO2 ou le méthane et le réchauffement climatique. Pour éviter à la fin du siècle une augmentation de 5° qui se traduirait par des aléas climatiques insupportables pour notre santé et notre économie, il faudrait réussir à réduire les GES de 40 % à l’horizon 2030 et de 80 % à 2050. Nous en sommes loin.

Les entreprises plus motivées que l’opinion ?

Gilles Boeuf, biologiste, ancien président du Muséum, conseiller scientifique pour l’environnement, la biodiversité et le climat au cabinet de Ségolène Royal, est un chantre du vivant. A travers ses observations scientifiques, il constate un changement trop rapide du climat qui entraîne la destruction des écosystèmes. « De nombreuses espèces disparaissent et nous ne savons pas chiffrer la valeur inestimable des services qu’elles rendent à l’environnement. Tout est lié dans ce monde. S’il nous fallait remplacer le travail des abeilles qui permettent la floraison, la fructification combien devrions nous payer ? Un coût exorbitant. »

Pour Brice Lalonde, ancien ministre de l’Environnement, envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies pour le Global Compact : « Les chefs d’Etats n’ignorent pas que le climat change. Les 7 milliards d’humains sur la planète, eux, n’ont pas pris conscience des bouleversements que cela implique. Les négociations climatiques et environnementales durent depuis plus de 20 ans et elles servent de prétexte … à ne rien faire ! »

« Les 195 pays qui se réunissent ont des intérêts divers, parfois totalement contradictoires. Seule la Commission européenne a eu assez de poids politique et économique pour proposer des feuilles de route et une législation suivie d’actions. Aux Nations unies le secrétariat général n’a même pas le droit de sortir une feuille de route.

A Paris, en décembre, il est à craindre que l’accord soit insuffisant mais, il proposera une convention cadre pour un programme de travail sur les 30 prochaines années. Ce programme sera lié à des financements, les fameux 100 milliards. Si ces derniers ne sont pas effectifs, il ne se passera pas grand chose. »

Brice Lalonde ne s’arrête pas à ce constat défaitiste, il a quelques raisons d’espérer. « Le plus important en ce moment ce sont les acteurs de l’économie mondiale qui, depuis un an ou deux, se mobilisent. Les multinationales, les PME-PMI se sentent concernées, y trouvent des marchés, des améliorations sociales, une meilleure image. Les énergies renouvelables font leur chemin.

Même si les gouvernements n’écoutent pas et n’arrivent pas à maîtriser leurs émissions de CO2, dont la durée de vie dans l’atmosphère est de 100 ans, le monde des entreprises fait bouger les lignes. C’est une nécessité car les Etats du G20 représentent, à eux seuls, 80% des émissions de GES. Nous aurions besoin d’un Mandela du climat. »

Ne pas oublier Darwin

Pascal Picq, paléoanthropologue au Collège de France précise : « Pour le climat, nous ne devons plus investir dans le charbon. Les assureurs ont constaté que le montant de l’indemnisation due à des catastrophes naturelles a doublé en trente ans. Les pays qui contestent la réalité du changement climatique sont souvent les pays fondamentalistes comme, entre autres, les Pays du Golfe, ceux qui ne le contestent pas sont les pays industriels.

Nous-mêmes, les humains, sommes des écosystèmes et nous co-évoluons avec les inventions technologiques. Depuis des millions d’années les espèces ont évoluées, se sont adaptées, il ne faut pas oublier Darwin. Une espèce qui disparaît c’est dommageable pour l’ensemble des espèces. Les enjeux ne sont plus la croissance ou la décroissance mais le développement des inégalités produites par un système déconnecté de la réalité. Un développement durable « soft » n’apportera pas de solution, il faudra faire des choix énergiques.»

Après un débat très riche entre la salle et les intervenants, Joël Séché, président de Séché Environnement, et William Vidal, président d’Ecocert, ont donné l’exemple et signé « La Déclaration du Trocadéro », appel aux négociateurs de la COP21 pour qu’ils n’oublient pas le rôle fondamental des territoires, du local et des actions menées, depuis plusieurs années. Des actions en faveur de la biodiversité et du climat dont on peut mesurer l’efficacité et la pertinence. Cette déclaration souligne que « les politiques et les cadres internationaux, élaborés pour répondre à ces enjeux globaux, doivent s’inspirer des initiatives locales expérimentées et déjà mutualisées par certains acteurs dans le cadre de leur responsabilité sociétale dans l’Agenda des solutions. » Elle met également à l’honneur les forces d’innovation et de coopération qui peuvent émerger d’un territoire.

Séché Environnement et Ecocert souhaitent que la COP21 mette en place une coordination internationale pour protéger ces biens communs que sont le climat et la biodiversité, dans un cadre d’équité quant à la répartition des efforts à consentir. Derrière les enjeux globaux du climat et de la biodiversité, c’est l’avenir humain sur la planète qui est en jeu, l’avenir du vivant.

Une Société plus responsable de son avenir devrait, à terme, jeter les bases d’un mode de vie plus frugal, plus humaniste, qui ne gommerait pas les différences des territoires mais en ferait une composition harmonieuse à l’international. Dur challenge pour cette COP21 qui, pour certains climatologues, serait la dernière chance pour le climat.

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