Carbone quel juste prix ?

La 8e édition du Salon Produrable s’est tenue à Paris récemment. A quelques mois de la COP21, certains acteurs du développement durable et de la RSE se sont réunis autour de préoccupations communes : les enjeux du changement climatique et les solutions pour une croissance verte.

Les enjeux de la COP21 sont contraignants : il s’agit de signer un accord universel pour limiter la hausse des températures à moins de deux degrés et atteindre la neutralité carbone. Quel est le rôle de l’engagement des entreprises dans cette lutte contre le changement climatique ? Marie-Hélène Aubert, conseillère auprès du Président de la République pour les négociations climat et environnement, a insisté sur la nécessité pour les pouvoirs publics et des industriels de travailler ensemble. « On a besoin de vous », rappelle-t-elle aux entreprises. Trois industriels ont présenté leurs stratégies pour le climat. Antoine Frérot, PDG de Veolia Environnement, a souligné l’importance de développer un mode d’utilisation des ressources « plus sobre et plus efficace ». Pour décarbonner l’économie, plusieurs solutions sont à envisager : encourager l’économie circulaire, accroître les efforts d’innovation et de coopération, optimiser l’usage des sols et investir dans des projets bas carbone. Bien que l’avenir reste à tracer, une chose est sûre : « la lutte contre le réchauffement climatique est créatrice d’emploi et ne s’oppose pas à la croissance ». Voilà une des raisons pour laquelle La Poste, représentée par Nicolas Routier, PDG de la branche La Poste-Courrier, s’est engagée dans sa propre transition énergétique. Parmi ses initiatives, son travail sur les transports lui a permis de décrocher un trophée pour sa flotte de véhicules électriques, la première au monde. Quant au secteur financier, les investissements dans des projets bas carbone se multiplient. M. Marchessaux, CEO de BNP Paribas Investment Partners, définit la COP21 comme « le sommet de la dernière chance pour être crédible » : les Etats se doivent de définir un cap clair pour les 10-15 années à venir, afin de créer un milieu stable pour les investisseurs. Audelà de l’investissement, il s’agit aussi de désinvestissement : ne pas financer les entreprises qui n’ont pas un comportement responsable et qui ne travaillent pas à la baisse de leur empreinte écologique. Quels seraient les critères de succès pour la COP21 ? Un coût du carbone « robuste et stable », une économie circulaire et une meilleure gestion du méthane, explique Antoine Frérot. Claire Tutenuit, déléguée générale d’EpE, rappelle la nécessité d’une alliance entre le monde économique et politique. Au moins une idée qui fait consensus. Danielle Nocher animait la table ronde : « Comment trouver un prix juste et solidaire pour le carbone ? ». Trois intervenants ont tenté d’y répondre.

La taxe carbone, semble jusqu’ici avoir été le plus efficace : sa valeur incitative a permis la baisse des émissions de CO2

Auria Poirier, chargée de partenariats à l’ONG CO2 Solidaire, a précisé : il n’existe pas un prix unique du carbone. Le prix fixe, qui correspond à la taxe carbone, semble jusqu’ici avoir été le plus efficace : sa valeur incitative a permis la baisse des émissions de CO2 et ses rendements ont financé de nombreux projets bas carbone. Au contraire, le prix du marché, qui dépend de l’offre et de la demande et renvoie aux quotas d’émissions, a vu sa valeur chuter pour atteindre un prix si bas qu’il n’incite plus les entreprises à réduire leurs émissions. Si la taxe carbone s’avère être un outil efficace pour réduire les émissions de CO2, pourquoi ne pas en imposer une à l‘échelle universelle ? Pour Romain Morel, chargé de recherche chez CDC Climat, un tel projet semble utopique : il s’agit d’« un outil parfait dans un monde parfait : très bien sur le papier ». Il envisage d’autres solutions, notamment celle de laisser faire le marché ou d’imposer une taxe carbone sur les investissements à venir. Hervé Gbego, co-président de ComptaDurable, a donné quelques précisions sur les coûts pour une entreprise de l’établissement d’un bilan décarbonné. Un juste prix du carbone, c’est un prix qui a du sens et de la valeur, et qui respecte trois critères : simplicité, efficacité et acceptabilité. Cette table ronde illustrait bien la difficulté de la question. Nous sommes encore loin d’un prix concret ? Et encore plus d’un prix juste.




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