CO2 : rompre avec l’opacité des approches

160 millions de tonnes équivalent CO2 : c’est le total des émissions induites par les activités de financement et d’investissement du groupe Crédit Agricole, qui a travaillé avec l’Université Paris-Dauphine et l’École Polytechnique pour mettre au point une méthode de comptabilité évitant les doubles comptages.

Ainsi, ces 160 millions de tonnes de CO2 (soit environ un tiers des émissions françaises s’élevant à 500 Mt CO2eq) sont bien inférieures aux 1 050 millions de tonnes de CO2 estimées par l’ONG Les Amis de la Terre pour le Crédit Agricole.
Le classement effectué par cette ONG sur les banques les plus « polluantes », c’est-à-dire d’établissements prêtant à des contreparties fortement émettrices de CO2, repose sur une méthodologie dite anabolique. « Cette méthode est basée soit sur l’agrégation pure et simple des bilans carbones des contreparties, en ayant de surcroît souvent recours à des données propriétés de banques ou de consultants, soit sur l’estimation de facteurs moyens d’émissions par types de financement (corporate, souverains…). Dans tous les cas, ces méthodologies ne traitent que partiellement les problématiques de double comptage », souligne Jérôme Courcier, responsable RSE du groupe Crédit Agricole.

Éviter les doubles comptages

A l’inverse, Crédit Agricole SA, par sa filiale Crédit Agricole CIB, s’est rapproché de la Chaire Finance et Développement Durable (Université de Paris-Dauphine/Ecole Polytechnique) pour explorer une approche catabolique baptisée P9XCA. Pour faire en sorte que les valeurs soient additives, la méthodologie distribue les montants d’émissions de gaz à effet de serre (GES) agrégés au niveau national en fonction des sources de financement des activités émettrices. « Si une institution financière finance x% d’une activité, la méthodologie fait correspondre à ce financement x% des émissions de l’activité. Pour ce faire, on utilise un ratio qui reprend au numérateur les engagements, c’est-à-dire les encours bruts hors garanties répartis en fonction du secteur ou de la géographie (classification par activités), et au dénominateur, le financement total desdites activités (capital + dettes). Les données d’émissions de GES proviennent des inventaires nationaux de gaz à effet de serre (GES) réalisés dans le cadre de l’UNFCCC (United Nations Framework Convention on Climate Change). Les financements totaux sont eux estimés en combinant les ratios sectoriels Capital + Dettes / Valeur Ajoutée issues de la base BACH (BAse des Comptes Harmonisés des entreprises) du Comité Européen des Centrales de Bilans (ECCBSO), aux valeurs ajoutées sectorielles issues des comptabilités nationales (chiffres OCDE/ONU) », détaille Jérôme Courcier.

Trois avantages pour P9XCA

Trois avantages à cette méthodologie : elle permet de rompre avec l’opacité des approches développées par les consultants en utilisant des bases de données officielles, publiques, gratuites et en libre accès. Elle améliore la diffusion de la problématique du changement climatique au sein des institutions financières dans la mesure où elle reprend les conventions acceptées par tous. Enfin, conçue en collaboration avec une institution financière, elle permet en s’adaptant aux systèmes d’information internes de réaliser rapidement et facilement une cartographie macro-économique de l’empreinte carbone de la totalité des activités bancaires. Aujourd’hui P9XCA est l’un des 3 piliers sur lesquels repose la stratégie de Crédit Agricole en matière de changement climatique, qui consiste à chiffrer les émissions de CO2 induites par les financements et les investissements, s’engager dans une démarche volontaire de réduction de ces émissions de CO2 et proposer des produits et des services permettant aux clients de privilégier les énergies renouvelables, les transports propres ou les économies d’énergie (Green Bonds, ISR et gestion indicielle).

Une méthodologie qui fait consensus

« On notera que P9XCA, après avoir été testée par plusieurs banques généralistes françaises, a été retenue dans le cadre du guide méthodologique réalisé par l’Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises (ORSE), l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), l’Association Bilan Carbone et la Caisse des Dépôts pour estimer les émissions du secteur financier », se félicite Jérôme Courcier. Ce guide marque l’attention portée aux enjeux du changement climatique par les institutions financières alors que se tiendra à Paris en décembre 2015, la 21ème Conférence des parties (COP) sur le climat. Même s’il n’a pas de valeur normative, il inscrit les acteurs y ayant contribué dans une démarche volontaire de calcul de leur empreinte carbone directe, indirecte et induite.

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