ECONOMIE ET CLIMAT : la réconciliation ?

GRENETIER-(2)

Plusieurs études publiées cette année montrent que les opportunités offertes par les modèles d’économie circulaire sont significatives, y compris dans le domaine des changements du climat. Au-delà des réductions importantes d’émissions de gaz à effet de serre liées à une meilleure utilisation des ressources, les approches comme l’écologie industrielle et territoriale renforcent la résilience des territoires face aux aléas. En mobilisant les acteurs des territoires et de l’économie autour d’objectifs et de bénéfices pour tous, l’économie circulaire offre une vision positive qui aide à sortir de l’opposition entre croissance et préservation des écosystèmes naturels ou sociaux.

Avalanche d’études sur l’économie circulaire et ses bénéfices potentiels, non seulement économiques, mais aussi sociétaux (emplois créés), et environnementaux (émissions de gaz à effet de serre) !

Le 25 juin dernier, le rapport Growth Within préparé par la fondation Ellen MacArthur, SUN (branche environnement de la fondation de la Deutsche Post) et le cabinet Mc Kinsey était présenté à la Commission européenne. L’intérêt de cette étude est d’évaluer des gains supplémentaires liés à la mise en oeuvre d’un modèle d’économie circulaire, par rapport aux progrès attendus dans l’optimisation du modèle d’économie linéaire actuel. Et quels gains !

• 3000 € annuels de plus par ménage, c’est 11% de plus que par les progrès à attendre dans le modèle linéaire actuel ;
• au total un bénéfice économique estimé à 1 800 milliards d’euros, deux fois celui escompté dans le scénario tendanciel ;
• une progression du PIB de 11% d’ici à 2050, sinon l’augmentation étant seulement de 4% ;
• l’effet sur la diminution des émissions de gaz à effet de serre est le plus radical: division par presque deux à horizon 2030 (- 48%) et réduction de 84% à horizon 2050, soit beaucoup mieux que le facteur 4 fixé comme objectif !

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Le Club de Rome, bien connu depuis son rapport sur « les limites de la croissance » en 1972, publie cette année une série d’études sur les bénéfices de l’économie circulaire pour la société. Explorant trois scénarios : augmentation des énergies renouvelables dans le mix, efficacité énergétique, et meilleures utilisation des ressources (efficacité matière). Ces études modélisent l’interaction entre 60 secteurs d’activité économique en examinant l’évolution de ces interactions selon les scénarios. D’abord réalisée pour le cas de la Suède, l’étude a été élargie à la Finlande, la France, les Pays-Bas et l’Espagne. L’horizon choisi est 2030, là encore les résultats ont de quoi faire réfléchir. Ils sont assez homogènes d’un pays à l’autre. En résumé, les scénarios énergétiques (renouvelables et efficacité) ont le plus grand impact sur les émissions de gaz à effet de serre, tandis que le scénario d’efficacité matière conduit à une croissance économique plus soutenue. Tous les scénarios sont créateurs d’emplois. C’est leur combinaison qui donne les meilleurs résultats sur l’ensemble des critères analysés. Pour la France : réduction des émissions de GES de 66%, création de 500 000 emplois, augmentation de 2,5% du PIB. Les auteurs veulent montrer les avantages d’une approche systémique, qui permet de réaliser véritablement le fameux découplage entre croissance économique et bien-être, et l’empreinte environnementale des activités au sens du prélèvement des ressources naturelles et des rejets.
L’Institut de l’Economie Circulaire en collaboration avec Ernst&Young ont publié en septembre une étude qui va dans le même sens. Elle s’attache à faire un lien explicite entre économie circulaire et climat en analysant différents secteurs et, en particulier, le secteur agro-alimentaire. Elle décrit des études de cas, expose les opportunités mais aussi les pièges à éviter (dont le fameux effet rebond), et propose des pistes d’actions regroupées en trois thèmes : mesurer comprendre et évaluer, financer la transition, engager la transition à différents niveaux, notamment à celui des territoires.
L’Association Orée a également livré en eeptembre une étude intitulée « l’économie circulaire au service de la préservation des ressources et du climat ». Ce document témoigne que l’économie circulaire va bien au-delà du domaine de la gestion des déchets, comme cela a pu être compris dans un premier temps, du moins dans certaines sphères. Il est structuré en sept parties correspondant aux champs et filières avec lesquels l’économie circulaire interagit, et propose des solutions et des exemples de réduction de GES qui en découlent : énergie, déchets et ressources, eau (récupération des calories et frigories), transports, agriculture, gestion de la ville, aménagement du territoire.
Dans le cadre du plan régional pour le climat, la région Ile-de-France a organisé en mai dernier une rencontre entre différents témoins sur le thème : Economie circulaire, un espoir pour le climat ? La région de Catalogne y a présenté une vision de la gestion des déchets « basée sur la prévention et la valorisation maximale des effets positifs sur la réduction des gaz à effet de serre ». Un outil a été mis au point pour calculer l’empreinte carbone de la gestion des déchets, et orienter les décisions dans ce domaine. Les résultats sont probants : une diminution de 12,6% des émissions de GES par habitant pour la gestion des déchets.
Pour la filière déchet encore, l’étude CDC Climat « Recyclage des déchets et lutte contre le changement climatique : cas des emballages ménagers » fait un point sur l’impact GES des déchets, analyse les impacts associés à la mise en place de la REP emballages ménagers, et propose des axes de progrès, dans une perspective de transition vers un modèle d’économie circulaire.
Ces études complètent et confirment d’autres études déjà évoquées et donnent des évaluations chiffrées à ce que le bon sens permet de comprendre aisément : une meilleure utilisation des ressources énergétiques et des matières conduiront à réduire les émissions de GES.
Ce qui est nouveau c’est cette perspective, enfin étayée par des études sérieuses, de pouvoir combiner la croissance du bien être dans la société avec la réduction des impacts environnementaux. C’est une vision plus positive, dans laquelle on ne se contente pas de réclamer moins de pollution, comme un devoir supplémentaire qui alourdit la barque déjà bien chargée des opérateurs économiques.

Ce qui est nouveau c’est cette
perspective, enfin étayée par des études
sérieuses, de pouvoir combiner
la croissance du bien être dans la société
avec la réduction des impacts
environnementaux

Un autre bénéfice de cette approche est évoqué par les acteurs et les promoteurs des modèles d’économie circulaire, en particulier de l’écologie industrielle et territoriale. C’est celui d’une meilleure résilience aux aléas : être moins dépendant aux approvisionnements en énergie et en matière et moins exposé aux fluctuations des prix, disposer de ressources locales pour réutiliser et réparer, renforcer le tissu d’emplois locaux… A quand des études de crash test économique comparant des scénarios de modèles d’économie circulaire ?
Certes l’économie circulaire ne sera pas une panacée, mais prenons là pour ce qu’elle peut être : une voie concrète, constructive, vers un modèle de développement qui combine mieux la recherche du bien-être et la préservation des écosystèmes.
La loi « transition énergétique pour la croissance verte » comporte avec son titre 4 un chapitre sur l’économie circulaire. De nombreux territoires (régions, départements, collectivités) se sont saisis de ce thème pour en faire un levier de développement : un cadre commence à être posé.
Les obstacles sont réels, au premier rang desquels celui du changement. Changer la vision des affaires (les nouveaux business models), changer les façons de faire, travailler de façon plus collaborative, faire confiance à de nouveaux partenaires… le jeu en vaut-il la chandelle ?
Les enjeux et les bénéfices globaux entrevus avec les études évoquées ci-dessus l’affirment clairement, et proposent des pistes de solutions et des exemples.
Du côté des opérateurs économiques on assiste à la montée en puissance de l’économie collaborative, des innovations dans les technologies et les modèles d’activité allant dans le sens d’une meilleure utilisation des ressources existantes, et créateurs de valeur pour tous. De nouveaux outils apparaissent, pour mettre en évidence les synergies de ressources entre entreprises sur les territoires, et permettant des approches opérationnelles complémentaires aux études de métabolisme plus globales. Il existe des jeux pour pour découvrir l’économie circulaire et stimuler la recherche collaborative d’innovations.

Economie positive et climat apaisé ! Par les temps qui courent, ce n’est pas à négliger…

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