Fipronil : comment préserver notre sécurité alimentaire ?

Une fois de plus, un scandale sanitaire a secoué l’actualité. Une fraude organisée a remis en cause la qualité d’un produit alimentaire : les oeufs. Comment les ONG, les industriels, les consommateurs et les services sanitaires peuvent-ils combattre efficacement ensemble ces fraudes ? Valeurs Vertes ouvre un débat afin de dessiner un état des lieux et surtout des pistes pour l’avenir.

Participants à l’e-forum du 22 septembre 2017
Camille Dorioz, chargée de mission agriculture à FNE
Etienne Gangneron, responsable du bien-être animal à la FNSEA
Marie-Cécile Damave, responsable innovations et marchés à la SAF agr’iDées
Albert Ritzenthaler, secrétaire confédéral et coordonnateur du groupe CFDT au CESE

 

LES ORIGINES DE LA FRAUDE

 Le cas du Fipronil

FNSEA – « Les fraudes viennent des Pays Bas. C’est donc à la justice de ce pays de les condamner et de veiller à ce qu’ils ne puissent plus jamais pratiquer dans ce secteur d’activité ».

« Nous appelons de nos voeux une harmonisation européenne tant juridique et fiscale que sociale. Il est très étonnant d’avoir des transpositions françaises très strictes, notamment dans tout ce qui concerne le mode de production. Par contre les règles de transparence sur les produits transformés ne sont toujours pas en application au niveau européen.

CESE – « La présence de Fipronil dans des produits français a révélé la présence de sous-produits d’origine étrangère dans la composition des pâtisseries ou des pâtes, commercialisées sous la marque de distributeurs pour l’essentiel ».

« La guerre sévit depuis les années 2010, les gisements de marge se réduisent et toutes les pistes sont explorées pour retrouver de la marge, dont celle des sous-produits composants de la fabrication, sur le marché européen. Par l’effet de dilution de la traçabilité et de l’origine des produits composites (du minerai de viande dans le scandale des lasagnes à la viande de cheval), la fraude est plus facile à opérer et plus difficile à détecter ».

 

Fipronil : une partie de l’iceberg

FNE – « La crise du Fipronil n’est qu’une partie de l’iceberg des crises sanitaires, qui touchent ou qui vont toucher le monde agricole, tant le secteur de l’élevage que celui des cultures. Le modèle industriel répond à la guerre des prix par l’intensification, le confinement, la surspécialisation et la concentration, et a sacrifié la résistance « naturelle » pour la productivité. »

« Les fraudes sont symptomatiques de la recherche de toujours plus de rentabilité. Si l’on peut toujours renforcer les contrôles, le mieux est de s’attaquer au système qui donne envie de frauder ! »

CESE – « Il paraît important de rétablir les vrais métiers de chacun. Quelque part, les marques distributeurs usurpent le travail d’entreprises agroalimentaires, notamment leur travail de recherche et d’innovation, ce qui ne donne aucune lisibilité dans la chaîne au consommateur qui peut, dans un même rayon, trouver deux fois le même produit. Un de la marque du distributeur, l’autre de la marque qui a fabriqué le produit avec des différences de prix flagrantes.»

 

LA FRANCE EXEMPLAIRE

CESE – « Il est intéressant de noter que les producteurs français, qui dénoncent souvent une transposition française trop stricte des normes sanitaires européennes, se sont félicités de ces mêmes normes pour souligner la qualité des produits français ».

FNSEA – « La France a un très haut niveau sanitaire et une véritable volonté d’être à la pointe de la traçabilité, comme le montre l’expérimentation sur l’étiquetage des produits transformés qui n’a lieu qu’en France. Elle a été initiatrice des politiques de qualité au niveau européen avec notamment sa politique de segmentation : label rouge, AOP et AOC, BIO ».

« L’affaire du Fipronil a révélé que les oeufs français étaient irréprochables. La France est un des pays les plus sûrs au monde en matière de sécurité alimentaire. En privilégiant l’achat de produits français, les consommateurs auraient la garantie d’acheter des produits de qualité, avec une traçabilité irréprochable. Il faut toutefois relativiser le degré de dangerosité du produit qui est par ailleurs utilisé comme antiparasitaire pour les animaux de compagnie ».

 

LES SOLUTIONS POUR L’AVENIR

Modifier les pratiques commerciales

FNSEA – « Il faut arrêter la course au prix le plus bas qui entraîne la destruction de valeur pour tous les acteurs de la chaîne. Même les distributeurs commencent à le reconnaitre. Dans le cadre des Etats généraux de l’alimentation, nous militons pour encadrer les pratiques commerciales, la suppression des démarches de promotion et nous appelons de nos voeux un renforcement du rôle des interprofessions qui doivent à tout prix retrouver un rôle sur la détermination du prix. La réglementation européenne du droit à la concurrence empêche les initiatives de regroupement et d’entente en amont, ce qui fait perdre toute possibilité d’action aux démarches interprofessionnelles alors que, dans le même temps, la grande distribution est extrêmement concentrée en 4 centrales d’achat alors que le nombre de producteurs s’élève aux alentours de 400 000 ».

CESE – « Un des leviers reste la contractualisation et la labellisation, notamment via les normes d’achat responsable, de label relations fournisseurs, etc. Mais pour cela il faudrait un armistice dans la guerre des prix. Les 4 centrales d’achat de la grande distribution n’ont pas déposé les armes, considérant que le premier qui cesse le combat est mort. La modification de la LME, que tous les acteurs de la distribution ne réclament pas, serait sans doute un levier pour pacifier les relations commerciales ».

 

S’ouvrir à d’autres modèles agricoles

FNE – « La réponse se trouve dans le choix du modèle alimentaire et agricole. Face au climat, la meilleure réponse est d’accroître la résilience par la diversité. Ce sont les principes de bases de l’agroécologie, et c’est bien ce modèle la qui répondra le mieux aux dérèglements climatiques à venir ».

« Ils sont l’avenir de notre modèle agricole. Ils montrent qu’il est possible de faire une agriculture plus autonome, plus respectueuse de l’environnement avec moins d’intrants, moins de pesticides, basée sur une grande diversité et une agronomie retrouvée ! Le témoignage au Salon de l’agriculture du jeune agriculteur vainqueur des trophées de l’agroécologie en est la preuve parfaite ! Après avoir repris une ferme au bord de la faillite, 5 ans plus tard il est de nouveau à flot, grâce à la diversification de son activité, de ses circuits de ventes (longs et courts) mais surtout grâce à son autonomie ».

Une technologie accompagnatrice

SAF – « La demande des consommateurs pour plus de transparence et d’information sur les pratiques, les méthodes de production est aujourd’hui possible grâce aux démarches de traçabilité des acteurs, tout au long de la chaîne de production/transformation/ logistique, facilitée par les outils numériques. Un moyen d’expliquer avec fierté pour la majorité des agriculteurs qu’ils utilisent de bonnes pratiques correspondant aux demandes sociétales, dans une démarche de durabilité. Les outils numériques de l’agriculture de précision permettent aujourd’hui, grâce à l’imagerie et aux objets connectés, de surveiller en temps réel l’état sanitaire des individus et de réagir au plus tôt et au plus juste en cas de maladies : certaines applications pour smartphones identifient des maladies en développement sur les plantes, des capteurs sur robots de traite, avec des colliers connectés, suivent régulièrement l’état sanitaire des vaches laitières. Les outils numériques permettent également une traçabilité fine du producteur au consommateur (outils code-barres). Ainsi, en cas de problème sanitaire dans l’assiette du consommateur, il devient assez simple de remonter jusqu’aux producteurs de départ ».

Rapprocher les producteurs et les consommateurs

FNE – « L’industrialisation de l’alimentation a aussi creusé un fossé entre le consommateur et les agriculteurs. Les crises à répétition l’accentue, ajoutant une défiance envers la distribution, l’agroalimentaire mais aussi les agriculteurs. Les consommateurs se tournent alors vers la labellisation des modes de production (en tout particulier le Bio) qui est, pour eux, garant de la qualité des produits consommés ».

SAF – « Par exemple en ouvrant les usines au grand public, en montrant la fabrication des aliments, en expliquant les réalités de la production et de la transformation aujourd’hui pour sortir de l’image dépassée de «Martine à la ferme» encore très répandue dans les milieux urbains. Montrer que l’agriculture et la transformation agricoles sont modernes, précises, intègrent des technologies pour répondre aux besoins et attentes des consommateurs, et non contre lui ». ■




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