Quel avenir pour le bitcoin spéculatif et énergivore ?

Posted In: Le forum


  • Participant
    Pierre-Henri Leroy – Proxinvest on #28669

    Qui d’entre nous a lu l’intégralité, ou disons un petit 10% du protocole bitcoin qui est paraît-il public et vérifiable.
    Moi pas.
    Tout ce que je sais de lui est ce que l’on m’en a dit. et ce que j’en ai lu. entre lui et moi il reste beaucoup d’intermédiaires plus qu’entre moi et Air Liquide, un investissement que je comprends by the way.
    Partageons l’enthousiasme pour le concept libertaire et salutaire de “bordereaux public vérifiables” mais n’allons pas nous brûler à cette nouvelle ardente boîte noire!
    Amitiés à tous


    Participant
    Fabrice Flipo – TEM-LCSP on #28670

    “Une ou des blockchains : pensez-vous qu’une blockchain globale cèdera sa place à des blokchain locales, tout comme les monnaies nationales avec les monnaies complémentaires locales ?”
    => la logique du capitalisme étant la concentration, on peut en effet anticiper sur la concentration, tant qu’on est en régime capitaliste… vaste question donc. Pour que les blockchain locales restent locales, il faut que le système d’échange dans lequel elles s’insèrent reste local. Aujourd’hui presqu’aucune monnaie n’est purement locale, au sens où une monnaie est fonction du système d’échange (et donc du système technique) dans lequel elle s’insère

    “sur l’anonymat du fondateur et des grands propriétaires : pour nos lecteurs décisionnaires, connaître la source d’une innovation permet de mieux saisir certains enjeux politiques voir idéologiques. Comment donner confiance auprès de ces acteurs qui sont les principaux acteurs pour officialiser la légitimiter d’une nouvelle monnaie auprès du grand public ?”
    La légitimité vient de la confiance que l’on peut accorder. Le processus se fait par essai et erreur, comme pour les autres monnaies, je ne vois pas de différence. Une monnaie fiable voit son cours peu varier ; elle est fonction de la masse des échanges qu’elle permet. Aujourd’hui le Bitcoin permet beaucoup d’échanges illégaux (darknet), par définition difficiles à contrôler/évaluer, pour l’utilisateur

    “Intentions d’origine : L’objectif était de se passer de l’intermédiaire bancaire, mais ne risque t il pas d’y avoir un nouvel intermédiaire ? Comment les autorités bancaires réagissent elles face à la progression du bictoin ?”
    Comme je disais dans un précédent post : le Bitcoin est contrôlable par les banques : il suffit qu’elles contrôlent le minage, qui correspond à l’opération de “battre monnaie” / fabrication du billet (“infalsifiable”). La course à la puissance leur profite puisqu’elle alimente les coûts, et à un certain moment seuls de gros opérateurs financiers pourront payer ce minage, me semble-t-il. Ce qui peut freiner la montée du coût de fabrication est une hausse relative des “coûts de production” électriques, qui finiront peut-être par rendre l’opération peu rentable. Mais 18 millions de Bitcoin sont déjà en circulation, gageons qu’on atteindra les 21 millions. Certains disent que cette limite peut être modifiée, je n’en sais rien. Sinon tous les Bitcoin seront sur le marché, comme l’or (la production mondiale d’or n’est probablement pas loin de son maximum https://www.les-crises.fr/production-d-or – la quantité maximale d’or est aussi fonction de la quantité d’énergie qu’on consentira à y mettre). Et alors tout dépendra de ce que les vendeurs et acheteurs consentiront à acheter avec 1 Bitcoin. On ne peut éviter le régulateur central que si les usagers se montrent coopératifs, or c’est tout l’inverse de la logique du concours et de spéculation qui entoure le Bitcoin ; le contrôle central ou la destruction est donc inévitable


    Participant
    Fabrice Flipo – TEM-LCSP on #28671

    Dernier ajout : le Bitcoin n’est pas “libertaire”. Sa construction, la logique de concours etc. témoigne de ce qu’il est anarcho-capitaliste. Il n’est pas libertaire au sens de Proudhon, d’un système fondé sur la coopération et la juste “proportionnalité” des échanges, comme Proudhon le mettait en avant. Là c’est le philosophe spécialiste des grandes idées politiques qui parle…


    Participant
    Laurent Salat – Le Cercle du Coin on #28672

    Une ou des blockchains : pensez-vous qu’une blockchain globale cèdera sa place à des blokchain locales, tout comme les monnaies nationales avec les monnaies complémentaires locales ?

    Techniquement parlant, rien n’empêche une communauté locale technophile d’utiliser le code open source d’une blockchain existante pour implémenter sa propre monnaie locale.

    D’un point de vue économique, je suis moins certain que cela ait du sens de multiplier les monnaies. Un modèle alternatif qui n’est pas encore techniquement abouti mais qui est selon moi intéressant est ce que l’on appelle les sidechains (pour bitcoin) ou le sharding (pour Ethereum). Ici, l’idée est de permettre au token (c.a.d à la monnaie) d’être transféré entre différentes blockchains qui implémentent des fonctionnalités et des règles de gouvernance qui leurs sont propres. Je décris souvent l’idée comme un système qui consisterait à détacher autant que possible la monnaie des vicissitudes de la gouvernance humaine afin d’obtenir une monnaie qui soit durable dans le temps (en l’espace d’une seule vie, mes parents ont connu 3 monnaies différentes…). De fait,il me semble qu’un système de monnaie “locale” pourrait tout à fait s’inscrire dans ce modèle.

    Acquérir la confiance des élus : pour nos lecteurs décisionnaires, connaître la source d’une innovation permet de mieux saisir certains enjeux politiques voir idéologiques. Comment leur donner confiance pour officialiser la légitimiter d’une nouvelle monnaie auprès du grand public ?

    Cela rentre clairement dans le besoin d’éducation dont je parlais précédemment. A ce jour, Bitcoin repose principalement sur une communauté de personnes volontaires qui y consacrent une partie de leur temps libre. En France, l’association du Cercle du Coin s’est fixée dans ses objectifs de contribuer à ce travail de pédagogie en organisant des rencontres formelles ou informelles avec des élus, des membres de la fonction publique et le grand public pour expliquer les enjeux, bénéfices et limitations de cette technologie.

    Intentions d’origine : L’objectif était de se passer de l’intermédiaire bancaire, pensez-vous que cet objectif est atteignable ?

    A titre personnel, je ne pense pas que la technologie ou les cryptomonnaies feront disparaitre les tiers de confiance. La confiance est un élément essentiel qui cimente nos sociétés. Vouloir la faire disparaitre me parait un non sens. Par contre, nous pouvons déplacer une partie de ce besoin de confiance en des tierce-parties humaines vers des dispositifs informatiques ouverts. Le principal bénéfice étant de diminuer le niveau de confiance requis en ces tierce-parties.

    La crise financière de 2008 a montré l’importance de la confiance pour le bon fonctionnement de notre société. Malheureusement, force est aussi de constater que la confiance des citoyens dans leurs institutions (politiques ou économiques) n’a cessé de diminuer durant les dernières décennies. A sa façon, Bitcoin est une réponse encore balbutiante mais optimiste de la société civile à ce problème bien actuel.

4 sujets de 61 à 64 (sur un total de 64)

Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.