Fukushima, quatre ans après quel bilan ?

nucléaire-sushiLe 11 mars 2011 le site où se trouve la centrale nucléaire de Fukushima Dai-ichi a subi un tremblement de terre de magnitude 9 suivi d’un tsunami d’une ampleur exceptionnelle. Les réacteurs ont été gravement endommagés et ont relâché d’importantes quantités d’effluents radioactifs. Ce fut le pire désastre nucléaire depuis Tchernobyl en 1986. Près de 160 000 habitants ont été évacués, dont 80 000 à long terme. Quatre ans après : quelles conséquences, quel bilan de ce drame industriel et humain ?

En 2015, Tepco (Tokyo Electric Power Company) déploie son nouveau plan d’action pour évacuer les combustibles nucléaires, stocker l’eau contaminée et gérer les déchets issus du démantèlement. Le programme de décontamination a jusqu’ici respecté ses objectifs : les niveaux de contamination ont baissé et les populations reviennent progressivement vers les zones évacuées. Le gouvernement japonais a commencé cette année la construction d’un site de stockage intérimaire qui s’étendra sur 16 km2 afin d’accueillir 30 millions de tonnes de déchets. L’économie locale se rétablit doucement après la catastrophe.

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Est-ce que nous saurions mieux faire que les Japonais si une catastrophe similaire se produisait en France? Y-a-t-il eu une étude sérieuse sur le sujet ?

Récemment, des tests de radioactivité ont révélé, selon les autorités, que les soles pêchées dans le nord de la préfecture d’Ibaraki ne présentent aucun risque à la consommation, et leur commercialisation a ainsi pu être reprise. 25 000 hectares de terres agricoles décontaminés ont été remis en production. Les restrictions imposées sur les produits importés du Japon s’assouplissent dans les pays étrangers, permettant une reprise des exportations japonaises dans plusieurs domaines. Afin de redynamiser la région, des campagnes ont été menées pour « soutenir Fukushima en mangeant » : par exemple, la compagnie aérienne All Nippon Airways sert depuis février 2015 des produits cultivés à Fukushima sur ses vols internationaux.

Pollution sans frontières

Même si la décontamination de Fukushima connaît de relatifs succès, les conséquences pour la planète restent toutes aussi inquiétantes. Les réacteurs accidentés sont alimentés en eau douce afin de les maintenir à une température comprise entre 20 et 50 degrés, procédure qui génère environ 350 tonnes d’eau radioactive chaque jour. Aujourd’hui, 280 000 tonnes d’eau sont gardées dans des réservoirs souterrains, en attente de traitement. Certains de ces réservoirs fuient, provoquant le déversement d’eau contaminée dans les nappes phréatiques, jusqu’à l’océan. Selon une estimation faite en 2013, 300 tonnes d’eau contaminée se déversent chaque jour dans l’océan depuis 2011, avec l’impact que cela peut avoir sur la biodiversité marine.

Kawauchi VILLAGE ÉPARGNÉ ? Le village de Kawauchi, relativement épargné par la contamination du nuage radioactif, a construit une « usine à légumes » équipée des dernières technologies afin de cultiver des végétaux à huit clos, à l’abri de toute contamination. L’usine fournit aujourd’hui plusieurs grandes chaines de restaurants. Usine du futur pour la culture proche des zones contaminées ? Le manque de main d’oeuvre reste toutefois un défi et de nombreux agriculteurs préfèrent encore travailler en plein air.

Mais pas seulement, car la pollution ne connaît pas les frontières. Le Woods Hole Oceanographic Institution a révélé que des radiations dues au désastre de Fukushima ont été détectées dans un échantillon d’eau de l’océan Pacifique sur la côte Nord-Américaine. Des traces de Cesium-134 et de Cesium-137 ont été relevées dans une petite ville des îles de Vancouver, au Canada. Même si les quantités détectées ne présentent a priori aucun danger pour l’Homme, elles démontrent l’ampleur de la contamination des océans résultant de ce désastre. Difficile de prédire comment va se répandre la contamination radioactive près des côtes. Les chercheurs estiment que des niveaux bas de césium vont progressivement atteindre la côte Ouest des Etats-Unis, de l’Etat de Washington à la Californie. En novembre dernier, des radiations venant de Fukushima ont été détectées à environ 160 km de la côte de Californie du Nord.

Des conséquences mal identifiées pour la santé

Les conséquences de l’accident de Fukushima sur la santé des populations environnantes sont encore peu connues et reconnues. Tepco a avoué en 2013 que 10 % des personnes ayant travaillé sur le site risquent le cancer de la thyroïde. Cette maladie ne semble pas seulement atteindre les travailleurs : le taux d’enfants touchés par le cancer de la thyroïde est plus élevé à Fukushima que dans le reste du pays. Suite à l’accident de Tchernobyl, une hausse similaire des inflammations de la thyroïde avait été constatée chez les enfants de moins de 18 ans, dans les zones où du césium s’était déposé. Cependant, les autorités nient l’existence d’un lien entre exposition aux radiations et thyroïdites, et le débat reste vif parmi la communauté scientifique. Les enfants vivant à côté de Fukushima sont également confrontés à un autre risque : l’obésité. Suite à l’accident, les parents habitant dans les zones légèrement contaminées ont interdit à leurs enfants d’aller jouer dehors, de peur qu’ils ne soient exposés aux radiations. Quatre ans plus tard, ils ont perdu l’habitude de pratiquer une activité physique et cela se traduit par des taux d’obésité infantile bien plus élevés à Fukushima qu‘ailleurs au Japon.

Quelle politique énergétique pour le Japon ?

En 2014, le Premier ministre Shinzo Abe a annoncé son nouveau plan énergétique post-Fukushima. Il prévoit notamment le redémarrage de certains des 48 réacteurs arrêtés, encore en état de fonctionnement. Le processus de redémarrage risque cependant d’être compliqué car les consignes de sécurité sont strictes. Par exemple, la présence d’une éventuelle faille sismique entraîne l’interdiction de la remise en marche et les études géologiques menées doivent couvrir une période de 400 000 années si aucun résultat n’a été obtenu sur la période de 120 000 ans utilisée comme référence aujourd’hui. Pour l’instant, quatre unités pourraient potentiellement être autorisées à redémarrer : deux réacteurs sur le site de Sendai et deux autres sur le site de Takahama. Aucun objectif chiffré n’est fixé par le plan pour le mix énergétique, mais des initiatives ont été prises.

Les autorités nient l’existence d’un lien entre exposition aux radiations et thyroïdites, et le débat reste vif parmi la communauté scientifique

Le rapport mentionne dans une note en bas de page que le plan précédent prévoyait la contribution des énergies renouvelables à hauteur de 13,5% d’ici 2020. Depuis, le gouvernement s’est engagé à développer les énergies renouvelables dans les trois prochaines années. La préfecture de Fukushima a prévu la construction d’un parc énergétique comportant des centrales solaires et éoliennes, l’utilisation de la biomasse et des plateformes d’éoliennes off-shore. Ce parc est censé assurer l’autonomie énergétique de la région d’ici 2040. Le Japon possède d’importantes capacités d’innovations, notamment dans le solaire (premier déposant mondial de brevets dans ce domaine), la géothermie et les biocarburants. Des efforts d’investissements en matière de recherche et développement permettraient au Japon de retrouver une certaine indépendance énergétique sans avoir à nouveau recours au nucléaire. De plus, toutes les vagues précédentes de croissance ont été le résultat d’innovations : les énergies renouvelables ont le potentiel de redynamiser l’économie nippone.

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