Jamais sans le sol

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En augmentant la teneur en matière organique dans le sol, et de carbone organique en particulier, il est possible de compenser les émissions de dioxyde de carbone liées aux activités humaines. C’est ce que démontre l’initiative « 4 pour 1000 » présentée par l’INRA (Institut National de Recherche Agronomique). Comme les sols seront alors plus fertiles, ils seront plus productifs.

Un accord sur le climat est possible car des solutions existent. Au terme de la « Conférence of the parties » de Paris (COP21), les 196 pays de la conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (Ccnucc) ont en effet les moyens technologiques et scientifiques de réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) à l’horizon 2030 par rapport à leur niveau de 1990. Leur objectif étant de limiter la hausse de la température de la planète à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle (1850).

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A ce jour, il ne manque donc plus que la volonté politique. L’agriculture est au coeur de ce processus de négociations sur le climat. Imaginer qu’il est possible de trouver des solutions pour limiter la hausse des températures de la planète sans associer l’agriculture est une hérésie. Mais aucun pays ne s’engagera dans un accord qui remettrait en cause sa sécurité alimentaire, car la production agricole mondiale doit croître de 70% d’ici 2050. De même, il est impensable d’imaginer que la contribution de leur agriculture à la baisse des GES aboutisse à une liste de pratiques agricoles à bannir. Encourager le développement du semis direct est tout à fait envisageable, interdire le labour ne l’est pas. Le sol fait partie des solutions pour limiter la hausse des températures de la planète. « Il doit même être intégré dans l’accord sur le climat », a déclaré Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, venu clore le colloque de l’OCDE le 16 septembre dernier intitulée « L’agriculture et les sols agricoles face aux défis du changement climatique et de la sécurité alimentaire : politiques publiques et pratiques ».

Le programme de recherche
international « 4 pour 1 000 »
vise à accroitre le stock de carbone
organique contenu dans la matière
organique des sols en séquestrant
du carbone atmosphérique
sous forme de CO2

+0,4 % de carbone organique par an
A ce jour, le programme de recherche international « 4 pour 1 000 » est la meilleure réponse scientifique au défi climatique de la planète. Il vise à accroitre le stock de carbone organique contenu dans la matière organique des sols en séquestrant du carbone atmosphérique sous forme de CO2.
Selon l’INRA, il suffirait d’augmenter ce stock de carbone organique 0,4 % par an (soit quatre grammes en plus par 1.000 grammes), pour compenser les émissions de GES générées par les activités humaines. Les objectifs de la COP21 seraient alors atteints.
Mais cela ne signifie pas qu’il faille renoncer, à limiter la production de GES (NO2, CH4 entre autres) en adoptant, dans chacun des 196 pays de la planète, des programmes appropriés. C’est en mars dernier, à Montpellier, lors de la troisième Conférence Scientifique Mondiale sur l’Agriculture Climato-Intelligente que ce programme a été présenté. Et depuis, l’initiative « 4 pour 1000 » a rencontré un très bon accueil auprès de l’Union européenne et par un certain nombre de pays tiers dont les Etats-Unis.

Deux objectifs complémentaires
Il est vrai qu’elle donne aux négociations sur le climat la dimension supranationale qui leur manque. Cette initiative représente un programme de croissance et de développement susceptible de fédérer tous les pays de la planète autour d’un projet commun.
Aussi, il a de fortes chances de faire partie de l’agenda des solutions climato-intelligentes de la COP21, autrement dit, des solutions retenues dans la stratégie de lutte contre le réchauffement de la planète. Ce qui ne peut que ravir Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture.
Mais surtout l’initiative « 4 pour 1000 » montre que « la sécurité alimentaire et la lutte contre les dérèglements climatiques sont même complémentaires », a affirmé Stéphane Le Foll. Car des sols plus riches en matière organique sont plus fertiles, plus humides dans les zones déficitaires en pluies et donc plus productifs.
Une tonne de plus de carbone organique par hectare dans le sol des terres cultivées, grâce à des pratiques agricoles adéquates, permet de produire 40 millions de tonnes de grains en plus chaque année en Afrique, en Asie et en Amérique du sud, selon l’INRA.
En fait, la planète s’apprête à vivre une révolution agricole climato-intelligente (CSA). Celle-ci reposera sur trois piliers : la sécurité alimentaire, l’adaptation et l’atténuation, par rapport auxquels devraient s’articuler l’ensemble des prochains programmes de développement climatocompatibles des 196 pays de la planète. Avec comme objectif de faire émerger des systèmes de cultures et d’élevage plus productifs, faiblement émetteurs de gaz à effet de serre et qui favoriseront la séquestration du carbone.
Défendu tout au long du processus de négociations internationales sur le climat, cette nouvelle forme d’agriculture climato-intelligente a le mérite de dépasser « le débat politisé entre agro-écologie et agriculture industrielle », précise la revue «Etude climat» (n° 48 – février 2015).

Le second pilier du CSA
n’exclut ni le recours aux OGM,
ni la production de biocarburants.
L’initiative « 4 pour 1000 »
s’inscrit dans cette logique

Trois principes
L’adaptation des pratiques agricoles promeut des formes d’agriculture alternatives (agriculture biologique, permaculture) en apportant des solutions locales à des problèmes locaux de production, en rupture avec la conduite des systèmes agricoles actuels. Selon les adeptes de l’adaptation (souvent des ONG), c’est l’addition de ces programmes qui permettra à l’agriculture d’atteindre les objectifs de la COP21.
Mais, sans approche globale, ce principe d’adaptation pourrait conduire, s’il est appliqué sans restriction, à des interactions néfastes et à délocaliser la production de GES vers les régions périphériques, autrement dit, à déplacer le problème. L’atténuation des pratiques agricoles, le second pilier du CSA, repose sur une approche globale de la contribution de l’agriculture pour réduire la production de GES. Il n’exclut ni le recours aux OGM, ni la production de biocarburants. L’initiative « 4 pour 1000 », s’inscrit dans cette logique.
Quant à la sécurité alimentaire, la renforcer est la condition sine qua non à remplir pour que les 196 pays s’engagent tous, équitablement, dans la baisse des émissions des GES. Les programmes d’atténuation et d’adaptation ne doivent en aucun cas menacer la sécurité alimentaire des pays qui les adoptent.

Des enjeux géopolitiques
Mais le volet agricole des négociations sur le climat dépasse largement le champ agricole proprement dit car s’y mêlent aussi bien des enjeux géopolitiques que commerciaux (organisations des filières, importance de l’agriculture dans l’économie nationale et des émissions de GES, etc.). Ces négociations réveillent aussi les différends et les oppositions nord-sud (pays riches et pays en développement).
C’est pourquoi cet accord sera conclu, aux termes de la conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (Ccnucc – COP21), si les pays riches de la planète donnent aux pays émergents les moyens financiers de les entraîner vers de nouvelles voies de progrès, d’innovations et de croissance faiblement émettrices de gaz à effet de serre (GES). D’où la nécessité de créer un fonds vert (cf. encadré).
Enfin, ces mêmes négociations devront conduire à des mesures qui n’engendrent aucune distorsion économique, ni ne dérogent à aucun des accords commerciaux en vigueur.
Certains pays pourraient être tentés d’édicter des mesures protectionnistes pour tenir leurs engagements climatiques. Ce qui reviendrait à imposer « au voisin » de respecter les engagements que le pays protectionniste refuse de tenir.

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