L’Arboretum de Chèvreloup : un temple de biodiversité

arboretum-Chèvreloup-20L’Île-de-France regorge de lieux marqués par leur histoire, leur beauté architecturale, leur richesse faunistique et floristique. L’Arboretum de Chèvreloup est un de ces lieux dissimulé dans l’ouest parisien. Dépendant du Jardin des Plantes, c’est une merveille riche en biodiversité, entretenue par des conservateurs passionnés.

Eric Joly, ingénieur agronome de formation, directeur du département de zoologie et botanique du Musée national d’Histoire naturelle, nous parle sur son fief : « L’histoire de l’Arboretum commence au milieu du 19 e siècle. Le Jardin des Plantes était alors entouré par la ville de Paris qui se développait à toute vitesse. Les responsables du Jardin demandèrent un endroit où faire pousser des arbres, Chèvreloup fut proposé au début du 20 e siècle. » Le premier plan consistait à construire un jardin botanique, François- Benjamin Chaussemiche le conservateur du domaine de Versailles commence les plantations. Le projet stagnera à cause de la 1ère guerre mondiale, la crise de 1929, puis sera partiellement transformé en jardins potagers pendant la seconde guerre pour les versaillais affamés. A la fin de la guerre, les animaux herbivores du Jardin des Plantes y demeurent faute de nourriture. L’endroit reste abandonné jusqu’à l’arrivée de Calène qui prône le regroupement géographique des espèces. Il établit une liste de toutes les espèces pouvant vivre sous le climat local et les plante. « L’Arboretum a été ouvert au grand public entre 1979 et 1980. » précise le directeur. La production des massifs de fleurs est déplacée de Paris vers l’Arboretum à cause de la pression immobilière à Paris. « En 1985, Chèvreloup reçoit du Jardin des Plantes, aux serres vétustes, une collection de plantes tropicales de plus de 3 000 espèces. Elles n’ont jamais été rapatriées à Paris. » « Pour qualifier un endroit d’arboretum il ne suffit pas d’avoir des arbres avec des plaques portant des noms latin » indique Eric Joly. La qualification de jardin « botanique » exige des critères importants et l’origine de toutes les plantes doit être traçable.

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« Pour qualifier un endroit d’arboretum il ne suffit pas d’avoir des arbres avec des plaques portant des noms latin » indique Eric Joly. La qualification de jardin « botanique » exige des critères importants et l’origine de toutes les plantes doit être traçable. « Elles doivent être issues de milieux sauvages, toute domestication animale ou végétale entraîne une modification génétique » souligne-t-il. L’intérêt scientifique pour les chercheurs et la stratégie de collection demeurent indispensables : « La conservation est la mesure ultime. Comme pour les animaux, nous préférons admirer les plantes dans leur milieu naturel. » De telles mesures permettent de conserver des arbres rares que l’on ne peut admirer ailleurs, d’observer leurs évolutions et de les comparer. Cela permet également de percevoir la diversité végétale. Plusieurs projets scientifiques ont vu le jour à Chèvreloup : « Un paléobotaniste a effectué des recherches sur la morphologie des vaisseaux du tilleul. Une étude a été menée sur les ifs afin d’identifier une molécule pouvant être utile dans des traitements anticancéreux, une autre sur l’impact de différents climats sur des arbres d’espèces similaires. » Eric Joly compte développer de nouveaux projets à l’Arboretum : « Continuer à introduire des espèces rares, constituer une collection d’arbres d’Île-de-France pour les petits parisiens et monter une exposition sur les écorces remarquables… ».

Nous possédons 25000 arbres
représentant 1800 espèces

Sur les chemins de la biodiversité

Dans les zones réservées aux professionnels, l’ambiance est différente. Les chemins bien tracés deviennent des pistes herbeuses. Un grand silence imprègne cet endroit, laissant place aux frissons des arbres sous le vent et aux bruissements familiers des animaux dans la végétation. Toutes les opérations d’entretien et de plantation commencent à « La Ferme », bâtiment du 19 e siècle transformé en base d’opération pour toutes les activités concernant la collection. « Nous possédons 25 000 arbres représentant 1 800 espèces. Nous recevons du Muséum national d’Histoire naturelle, des graines que nous plantons. Leur intégration se fait par groupes de 6 arbres de la même espèce mais d’origines différentes » résume Matthieu Cottereau, responsable de la section arbres de Chèvreloup. « Nous procédons de cette manière afin de comparer l’évolution des arbres sous un même climat. Tous sont étiquetés, géolocalisés et intégrés dans notre base de données », ajoute-t-il. Le processus de gestion de la collection est assez simple. Tout commence lorsque la graineterie du Muséum rapporte des graines de ses différentes missions et les répertorie dans un catalogue. Les différents sites concernés commandent des graines, les font pousser en serres, puis les plantent par groupe de six et restent sous surveillance régulière durant deux à trois ans. Quand l’un des arbres meurt, il est rapidement déraciné, débité puis brûlé afin d’éviter toute contamination fongique aux autres arbres. « Nous menons actuellement plusieurs projets. Parmi eux, nous étudions la fermeture des zones utilitaires pour ouvrir le reste de l’Arboretum au public, mais les fonds nous manquent », déplore-t-il « En ce moment, nous travaillons avec Google Maps afin d’obtenir des images satellites de l’Arboretum et établir peut-être un système d’identification des arbres via ce programme. »

 

Au royaume des Fuchsias

Les mains dans la terre, Alain Karg, responsable des serres horticoles et tropicales, souligne : « Nous produisons toutes les fleurs des sites du Muséum national d’Histoire naturelle, soit 270 000 plantes par an. » C’est un nombre impressionnant, représenté par les centaines de pousses alignées soigneusement dans les serres. « Il faut veiller aux prédateurs. Nous appliquons le plan zérophyto donc, pas de pesticides. Par contre, nous utilisons des bactéries ou d’autres moyens naturels afin de lutter contre les parasites. » Sur certaines feuilles, de petits trous, vestiges d’une invasion stoppée net. « Ce sont des araignées microscopiques qui sucent la sève des plantes. Pour les détruire, nous implantons des bacilles qui bloquent leur système digestif. Avec le temps elles s’affaiblissent, puis meurent. Il faut agir vite, avant que les araignées ne prolifèrent.» Les collections de fuchsias et de pélargoniums sont très spectaculaires. « Beaucoup de gens confondent géranium et pélargonium. Le premier est parfaitement symétrique alors que le second, le plus courant dans les jardins, a des pétales asymétriques » explique Alain Karg. La serre des pélargoniums est pour le moins impressionnante avec ces longues lignées de pétales de toutes les couleurs. « Nombre d’entre eux ont des sèves odorantes : citron, rose, menthe… Ces propriétés sont utilisées pour réaliser des parfums et même parfumer les recettes de cuisine ! » Parmi toutes ces couleurs, seules le jaune et le noir sont absents car ils n’existent pas dans ces variétés. Ces plantes, dont les premiers spécimens proviennent d’Amérique du sud, n’ont plus rien de naturel, ce sont des cultivars. C’est le nom donné par les botanistes aux plantes croisées par l’homme. Le début des manipulations date du 18e siècle, la collection comprend 500 espèces de cultivars. Alain Karg entretien aussi une superbe collection de fuchsias. Obtenue par des dons, lors des missions de la graineterie du Muséum, ou par des croisements, la collection en totalise 800 sortes. « Cette fleur a été découverte au 17 e siècle en Amérique du Sud par un jésuite, le père Plumier, qui lui a donné le nom de son maître, Fuchsia.» Pour visiter ses cultures, le jardinier doit fermer les brumisateurs contrôlant l’humidité et la température de la serre. Il sait raconter une anecdote sur chacun de ces arbustes aux fleurs bariolées s’inclinant vers le sol telles des clochettes. Les créateurs passionnés par les croisements des plantes leurs ont donné des noms très originaux. « Nous avions organisé un concours il y a quelques années. Le prix pour le gagnant était que son nom soit donné à un nouveau cultivar de fuchsia ! », raconte Alain Karg.

 

Une serre tropicale

« Le Muséum national d’Histoire naturelle recèle aussi une collection exceptionnelle d’orchidées. Plus d’une centaine d’espèces ! » déclare Jean-Michel Doremus, responsable adjoint des serres tropicales. « C’est une collection vieille de 100 ans. Pour éviter toute perte de spécimens, nous en cultivons trois exemplaires de chaque ». L’orchidée est une plante très particulière avec 20 000 espèces recensées dans le monde. « C’est une fleur solide, sa fragilité est un mythe » explique t-il. « Cette plante vit en osmose avec d’autres êtres vivants. Certaines orchidées ont besoin d’un type de champignon pour survivre, d’autres trompent les insectes à l’aide de phéromones afin d’être pollinisées. Contrairement à d’autres plantes, elle ne donne rien en retour, c’est une plante escroc ! ». Il parle avec émotion de son travail à l’Arboretum. « C’est la passion qui nous motive. Il y avait quelqu’un avant nous et il y aura quelqu’un après. Travailler pour le Muséum c’est avoir une sensation de lignée, un but collectif pour l’humanité ». Le travail de fond des jardiniers consiste à prendre en compte tous les climats et les écosystèmes de ces plantes venues des quatre coins du monde. Le risque principal reste l’hybridage : « Des graines issues de croisements peuvent ressembler comme deux gouttes d’eau à la plante voulue, mais un jour une excroissance pousse qui ne ressemble en rien à la plante d’origine. » Pour que ces serres gardent leur rôle de conservatoire, il faut donc des graines d’origine sûre et pas de plantes cultivées dans une autre serre. Le travail de botaniste comprend également une notion de partage. Les découvertes ne sont pas jalousement gardées, mais plutôt dispersées afin de multiplier les espèces rares et d’éviter leur perte.

 

L’hôtel des abeilles
permet à toutes les espèces
d’abeilles de se loger
et de se reproduire

Un lien de connaissance

« L’Arboretum de Chèvreloup comporte 205 hectares au total, mais seule une petite partie est ouverte au public. », déplore Pedro Saïz, responsable de l’accueil et des activités pédagogiques à l’Arboretum. Cette réserve d’arbres recèle de nombreuses richesses que seuls les initiés à la botanique peuvent contempler. « Nous recevons 11 000 à 15 000 visiteurs par an, un tiers vient de classes allant de la maternelle au lycée. », explique-t-il. Un des buts essentiels de cet Arboretum est d’éduquer les enfants à la nature et de sensibiliser la population en général. Des activités à l’école et à l’Arboretum sont mises à disposition des classes. « Nous proposons 11 thèmes de travail et 6 ateliers, nous divisons ces activités entre la salle de classe, les serres tropicales et l’extérieur. L’objectif est de vulgariser des thématiques compliquées de manière amusante. » Le domaine se divise en plusieurs zones : publique, américaine, européenne, asiatique et horticole. La zone publique est, comme son nom l’indique, ouverte aux visiteurs avec un chemin de randonnée de 2,2 km et plusieurs chemins dédiées à des évènementiels. De nombreux arbres sont exposés, plaques nominative à l’appui, pour enrichir la connaissance des visiteurs. A Chèvreloup vivent quelques animaux : chevreuils, écureuils, buses, lapins… L’Arboretum abrite aussi beaucoup d’abeilles dans l’hôtel des abeilles. « Il existe 900 espèces d’abeilles mais les plus connues du grand public sont celles qui produisent du miel. Cet hôtel, constitué de structures en bois et en argile, permet à toutes les espèces d’abeilles de se loger et de se reproduire » explique Pedro Saïz.

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