Les réseaux russes et européens face à la transition énergétiqu

Si les formes d’échange se sont encore diversifiées et intensifiées, les réseaux d’énergie ont pour leur part à peine évolué depuis leur déploiement lors de la Guerre froide. Pourquoi ce paradoxe ?  

Depuis 1995, la mondialisation a fait naître une dépendance entre puissance et maitrise des grandes voies de transport, telles que la ceinture maritime ou la route de la soie. Le transport maritime – à la fois l’un des plus économiques, mais responsable d’une empreinte environnementale conséquente sur mers et sur terres – représente 90% du commerce international de marchandises.

Ce mode de transport s’adapte néanmoins aux enjeux actuels. Certaines compagnies et certains ports ont mené des efforts pour réduire, par container, les émissions de CO2 par kilomètre parcouru. De 116 grammes à moitié moins, jusqu’à atteindre 40 grammes dans le port du Havre.

L’approvisionnement en gaz russe a irrigué la pré-union européenne pendant la Guerre froide. Avec pour conséquence la construction, à partir de ces flux Est-Ouest, d’une grande partie de l’architecture européenne des réseaux d’énergie.

Les échanges d’énergie sont désormais réalisés entre zones synchrones, c’est-à-dire entre régions dans lesquelles tous les rotors des machines tournent à la même fréquence.

Les pays membres de l’UCTE (Union for the Coordination of the Transmission of Electricity) ont progressivement été absorbés par le réseau européen en construction après la Seconde Guerre mondiale, et les pays entrés plus tardivement dans l’UE, comme les pays baltes, sont encore sous fréquence de l’UPS (Uninterruptible Power Supply). Le réseau russe présente la particularité de n’avoir aucune connexion avec la plaque européenne et scandinave : il possède sa propre fréquence.

Deux dynamiques majeures bouleversent toutefois les réseaux électriques et gaziers hérités du XXème siècle : la transition énergétique, qui nécessite un réseau européen intégré et complémentaire, et la question de l’intégration européenne, qui suppose un grand marché de l’énergie, donc une connexion entre les réseaux en Europe.

Pour adapter les infrastructures de l’énergie à ces dynamiques nouvelles, l’UE cherche à limiter les péninsules électriques et à débrancher progressivement les trois pays baltes du réseau russe pour les intégrer au réseau européen et à la plaque scandinave. Même tentative opérée au niveau du gaz, dont les transits sont encore concentrés à 40% en Ukraine.

L’objectif de l’UE serait de casser les dynamiques d’infrastructure héritées de la Guerre froide par des reverse flow. Un transport de l’énergie, notamment du gaz, qui soit réalisé dans les deux sens, permettrait d’instaurer une solidarité en cas de rupture de l’approvisionnement. Les impacts de cette démarche se ressentent d’ailleurs dans la gouvernance européenne, où l’on constate des nominations davantage politiques que techniques, des spécialistes du dialogue plutôt que des ingénieurs, comme si, pour sortir de cette rigidité des infrastructures, il allait falloir détricoter un à un les fils tissés par les inimitiés de la Guerre froide. ■




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