Les villes résilientes au rendez-vous du climat

Baroin

François Baroin. Crédit : Arnaud Février pour l’AMF

Une semaine avant la COP21, les maires et les présidents des intercommunalités de France seront au rendez-vous du climat. Face à une actualité internationale mouvante et parfois désespérée, à la baisse drastique des dotations de l’Etat, ils débattront de nombreux sujets.

Citons, la laïcité – avec la proposition d’un code de bonne conduite laïque – la santé, l’accès aux soins, la ruralité et l’attractivité des territoires. Sujets sensibles en cette fin 2015, l’Europe et les communes face aux défis migratoires, et bien sûr le réchauffement du climat. La séance de clôture sera dédiée à ce thème. Les maires n’ont d’ailleurs pas attendu la COP21 pour réagir et agir, tout comme de nombreuses entreprises, qu’elles soient multinationales ou PME. Le territoire constitue l’’échelon pertinent de cette nouvelle donne économique et environnementale. Lorsque l’on visite des villes comme Nantes, Bordeaux ou autres, ancrées dans leur culture, dans le respect de leur avenir, on s’aperçoit que la vision d’un développement humaniste durable leur a permis de réussir une véritable résilience. En gardant leur coeur de ville, leur bâti, leur histoire, elles ont aussi lancé vers l’avenir les projets de technologies audacieuses qui rapprocheront leurs habitants pour un projet de vie. Les nouvelles technologies, les énergies renouvelables, la transition énergétique et écologique réussissent et réussiront à l’échelon local. L’opinion, dans quelques années, trouvera cette révolution silencieuse aussi naturelle que celles vécues dans le passé pour l’automobile ou l’aviation. Comme l’écrivait Georges Pérec dans son livre Espèces d’espaces : « La ville est là, elle est notre espace et nous n’en avons pas d’autre.»

 

LES MAIRES FACE AU CLIMAT : COMPRENDRE ET AGIR

Dans cet entretien, François Baroin, président de l’AMF (Association des Maires de France) montre combien désormais le sujet du climat mobilise les maires qui n’ont pas attendu la COP21 pour lancer leurs actions.

Valeurs Vertes : Comment les maires de France prennent-ils en compte ce sujet du dérèglement du climat ?

François Baroin : Au-delà de l’importance d’obtenir un cadre international contraignant pour endiguer le changement climatique, la tenue de la COP21 à Paris est une formidable opportunité d’informer et de sensibiliser largement sur les conséquences des modifications climatiques, dont nous savons aujourd’hui qu’elles sont, au moins en partie, dues à l’Homme. C’est aussi l’occasion de diffuser les solutions mises en place à différentes échelles par l’ensemble des acteurs. La France fait preuve d’innovation dans ce domaine avec l’« Agenda des solutions » qui met en avant l’implication de la société entière dans ce défi collectif puisque l’Etat, les collectivités locales, les entreprises, les associations et les habitants ont tous un rôle essentiel à jouer.

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En France, la survenue de plus en plus fréquente d’évènements climatiques dramatiques témoigne que certains changements sont déjà en cours. Les maires et leurs équipes sont souvent en première ligne pour faire face à ces évènements.

Au-delà de ces phénomènes, dont on peut craindre qu’ils se multiplient et s’amplifient, les questions environnementales et climatiques sont bien évidemment au coeur de l’action des maires, mobilisés pour la protection des populations. Les réponses opérationnelles sont, de plus, nécessairement locales. Elles prennent corps dans les territoires, au plus près des habitants, impactant leur vie quotidienne.

Les communes, avec les intercommunalités, n’ont donc pas attendu la perspective de la COP21 pour agir avec force en faveur du climat. Au contraire, en lien direct avec le terrain, elles ont souvent été pionnières et moteurs dans les domaines liés à l’énergie et à la protection de l’environnement dans toutes ses dimensions. C’est un des messages clés que nous portons. Il sera solennellement réaffirmé lors du Congrès des maires et des présidents d’intercommunalité par un engagement de très grande force.

V.V. : La loi sur la transition énergétique concerne aussi les communes et les communautés d’agglomérations, quelles sont dans ce domaine leurs priorités ?

F.B. : Les maires ont à concilier de nombreux enjeux, parfois difficilement compatibles, pour apporter des solutions localement efficaces. Par exemple, la préservation des ressources en eau doit être reliée à la gestion des déchets qui impacte la qualité de l’air ; il faut construire des logements, lutter contre l’étalement urbain, préserver les espaces agricoles et les ressources en eau, développer les circuits courts, développer l’offre de mobilité, améliorer la qualité de l’air et l’efficacité thermique des bâtiments, développer les énergies renouvelables mais aussi préserver le patrimoine bâti, les paysages et l’activité économique locale qui en dépend.

L’équation est donc compliquée mais passionnante pour le maire puisque c’est au niveau local que l’ensemble des politiques forment, ou non, un tableau efficace et cohérent. C’est en effet à ce niveau que tous les acteurs, en particulier les habitants, en constatent les effets. Dans ces domaines, on observe une tendance à la recentralisation qui tend à retirer aux maires leur pouvoir décisionnaire. C’est à mon avis une erreur car les élus communaux et intercommunaux sont les mieux placés pour jauger des capacités réelles d’actions locales comme des moyens de les mobiliser, étant entendu que l’acceptabilité, par la population, des mesures décidées est indispensable pour réussir la transition énergétique.

V.V. : Comment faire face à l’exigence de la rénovation thermique des bâtiments publics ? Les communes en ontelles les moyens ?

F.B. : Les restrictions budgétaires pèsent lourdement sur les investissements des collectivités. Ces mesures viennent donc se surajouter à d’autres charges et l’équation financière s’avère de plus en plus difficile, d’autant que les subventions des opérateurs de l’Etat et des autres collectivités diminuent. Ceci n’enlève rien à l’absolue nécessité d’agir pour préserver le climat présent et futur. Il faut à cet égard éviter que d’autres investissements, réalisés à moyen ou à long terme, ne vieillissent prématurément du fait d’une pression environnementale et climatique accrues. Cela étant dit, des instruments de financement pour la transition énergétique existent bien. Encore très ponctuels et évolutifs, ils ne dessinent pas encore de manière lisible de réelle « stratégie » de financement sur le long terme. Au niveau local, compte tenu de nos contraintes budgétaires, nous devons relever le défi de la transition énergétique en privilégiant des solutions efficaces et reproductibles, afin de créer l’effet d’entrainement de la population, tout en évitant de sombrer dans la surenchère. Ceci nécessite une priorisation des actions et des investissements vers les projets les plus efficaces. Nous attendons pour cela de la part de l’Etat une assistance, technique mais aussi financière et, bien sûr, plus de souplesse règlementaire ainsi qu’une pause normative. Vient en effet un moment de saturation où la règlementation devient si pesante qu’elle empêche même l’action, faute de moyens techniques et financiers.

V.V. : Le sujet des déchets, à travers l’économie circulaire, est toujours d’actualité. Mais, comment préserver ses acquis face aux exigences du marché. Le cours des matières premières remet en cause, pour l’instant, le coût des matières recyclées. Quelles solutions pour ne pas faire exploser les coûts de la collecte et du traitement des déchets ?

F.B. : Les matériaux mis sur le marché sont soumis aux mêmes fluctuations internationales de cours que les matières premières. En conséquence, les recettes financières des services déchets des collectivités sont exposées à des variations parfois importantes qui sont difficilement compatibles avec les coûts fixes importants s’imposant à ces services.

A ce jour, pour faire face à cette difficulté d’équilibre économique, le service en charge des déchets a le choix entre, se concentrer sur la collecte en confiant au secteur privé la partie commercialisation des matériaux ou, structurer des boucles locales d’utilisation de ces matériaux.

Dans tous les cas, la sécurisation de l’équilibre économique du service et des recettes issues de la vente des matériaux doit être impérativement recherchée. Elle est l’occasion d’agir en faveur d’une économie circulaire et donc de favoriser des débouchés locaux et durables. C’est d’ailleurs souvent en période de difficultés que l’on peut saisir l’occasion de redonner son sens profond à l’action publique en redéfinissant et en réaffirmant ses objectifs politiques au sens noble du terme. A cet égard, la multiplication de schémas technocratiques dans ces domaines est facteur de paralysie particulièrement regrettable.

V.V. : Où en est l’opération « Un arbre pour le climat »?

F.B. : Cette formidable opération menée en partenariat avec la LPO, la Fondation Yves Rocher, les Ecomaires et Cité Verte fait son chemin avec déjà plus de 130 communes engagées et près de 6 000 arbres plantés. Un temps lui sera consacré pendant notre Congrès. L’objectif de l’opération est avant tout d’inviter les communes à témoigner, au travers de la plantation d’un ou de plusieurs arbres autour du 25 novembre, de leur engagement pour le climat. C’est la conscience collective qui ainsi s’enracine en profondeur.

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