LES VRAIS HÉROS D’EBOLA

En mars 2014, l’épidémie du virus Ebola a été annoncée en Afrique sub-saharienne. Le Libéria, la Sierra Leone et la Guinée ont été les pays les plus gravement atteints par la maladie. Elle s’est propagée à partir des chauves souris frugivores qui ont contaminé animaux et humains. Plus d’un an plus tard, 24 000 personnes ont été touchées et plus de 10 000 sont mortes. Au milieu de ce désastre, une lueur d’espoir pour l’humanité : les agents de santé, logisticiens, lavandières… qui ont risqués leur vie pour sauver celle des autres.

Venus pour combattre le diable, les agents de santé se sont confrontés à la réticence des populations apeurées : considérés comme des sorciers, des malfaiteurs qui viennent tuer des innocents, ils ont dû gagner progressivement la confiance des familles pour lutter contre l’épidémie. Dans la ville de Boffa en Guinée, des véhicules et motos de la Croix Rouge ont été brulés, et les agents de sensibilisation attaqués…

[ppw id= »102362523″ description= » » price= »1″]

Mais, malgré les obstacles et les risques, la chaleur, la peur et l’horreur, le personnel soignant s’est battu pour redonner espoir aux patients et sauver des vies. Les précautions à prendre pour réduire au mieux les risques de contamination étaient nombreuses et contraignantes. Sous leur combinaison étouffante, ils ne pouvaient se rendre dans les zones à haut risque de contagion durant seulement 40 minutes, avant que les équipements ne deviennent insupportables et que l’angoisse risque de prendre le dessus. Même entre eux, les agents de santé ne pouvaient baisser leur garde à aucun moment : personne n’étant immunisé contre la maladie. D’après l’OMS, parmi les 29 730 cas d’Ebola et de Marburg (autre fièvre hémorragique) recensés entre 1967 et 2012, 10% des victimes étaient des agents de santé. A Conakry, 180 soignants ont été touchés et 120 ont perdu la vie.

Médecins sans Frontières (MSF) a fourni ses soins à 5 000 patients atteints d’Ebola, soit presque 20% de tous ceux déclarés. Parmi les agents de santé de MSF sur le terrain, 225 expatriés et 2 560 membres nationaux ont travaillé dans 6 centres de traitement.

Aux cotés des médecins, infirmiers, logisticiens, psychologues… les lavandières se sont également exposées quotidiennement au virus pour assurer le nettoyage des équipements recyclables des infirmiers. En charge de la protection du personnel soignant, leur participation ne peut être oubliée. Maintenant que l’épidémie est considérée comme terminée, quel rôle pour les agents de santé ? La sensibilisation et l’intégration dans la vie quotidienne des normes d’hygiène se définissent comme des impératifs pour lutter contre une nouvelle épidémie.

Fin d’une épidémie, début de nouveaux combats

Cette prévention permettra de combattre également d’autres maladies contagieuses, comme le choléra. Aussi, des services de traitement des chocs post-Ebola apparaissent peu à peu. Les survivants et les familles des victimes devront être suivis, accompagnés par des agents de santé formés pour leur apporter un soutien moral, gérer les troubles mentaux et autres problèmes psychologiques. Outre les conséquences morales, les survivants d’Ebola souffrent physiquement. D’après l’OMS, 50% des survivants sont touchés par des problèmes de vue à Kenema, en Sierra Leone. Les patients se plaignent de douleurs corporelles, de fatigue extrême. Il reste encore à comprendre pourquoi ces symptômes persistent. La maladie ? Le traitement ? La désinfection en profondeur ? De plus, la crise Ebola a entraîné un arrêt des campagnes de vaccination. Leur reprise est urgente pour éviter un impact désastreux et d’autres épidémies éventuelles. En Guinée forestière, 60 à 70% des personnes sont contaminés par le paludisme. Le personnel soignant s’est lancé dans une campagne d’éducation à la santé : en Guinée, 80 000 enseignants ont été formés aux risques de propagation en milieu scolaire pour introduire la santé aux programmes pédagogiques. Les conséquences d’Ebola se mesurent aussi au niveau économique. D’après la Banque Mondiale, l’impact cumulé sur les finances publiques de la Guinée, de la Sierra Leone et du Libéria, s’élève à un demi milliard de dollars, soit 5% de leurs PIB. De plus, 5,1 milliards de dollars ont été versés par la communauté internationale pour aider ces trois pays. La baisse de croissance dépend des secteurs, mais se ressent de manière forte chez les agriculteurs et les petits commerçants. La reprise d’une activité économique et sociale, après des mois d’isolement, s’inscrit comme un défi de taille pour les populations.


D’après la Banque Mondiale, l’impact cumulé sur les finances publiques de la Guinée, de la Sierra Leone et du Libéria, s’élève à un demi milliard de dollars, soit 5% de leurs PIB


Une lueur d’espoir

Jusqu’ici, il n’existait pas de traitement contre Ebola, seuls les symptômes (migraines, douleurs musculaires, nausées, faiblesse, vomissements, diarrhées, problèmes de reins et de foie, hémorragies…) pouvaient être traités. Les chercheurs ont créé un vaccin expérimental contre le virus, préparé à partir d’un adénovirus de chimpanzé modifié génétiquement. S’il est prouvé sûr et efficace, il sera possible de le fabriquer et de le distribuer à grande échelle. Un essai a été lancé en mars dans les trois pays les plus contaminés pour tester son efficacité. D’autres mesures de précaution sont également prises, comme le démontre l’inauguration en janvier d’un centre de recherche en épidémiologie, microbiologie et soins médicaux en Guinée. Nous vivons encore à l’époque des épidémies, Ebola en est la preuve. Contaminant de manière violente trois pays africains aux systèmes médicaux fragiles, la maladie a traumatisé les populations. Au péril de leur vie, les agents de santé se sont engagés pour lutter contre l’épidémie. Alors qu’ils affirment avoir simplement respecté leur devoir de citoyen, il sont allés bien au delà de leurs engagements professionnels et se distinguent comme de véritables héros. Bien que leur tâche ne soit pas terminée, ils ont fait preuve d’une humanité qui mérite largement d’être reconnue.

[/ppw]

 




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *