L’Europe s’inquiète de la famine des abeilles, cause majeure de leur disparition

Communiqué de presse de Réseau Biodiversité pour les abeilles

 

A l’occasion de la révision de la Politique Agricole Commune, l’Europe vient de prendre une mesure incitative en faveur des jachères apicoles. Ces garde-mangers pour abeilles, véritables réservoirs de biodiversité, assurent les deux-tiers de l’alimentation quotidienne des abeilles. Une mesure saluée par le Réseau Biodiversité pour les Abeilles qui en est à l’origine.

Alors que la situation de l’apiculture française et européenne est difficile depuis une vingtaine d’années, les institutions européennes ont décidé de prendre le sujet à bras-le-corps dans le cadre de l’Omnibus. Cette révision à mi-chemin de la Politique Agricole Commune (PAC) entend apporter des corrections pour améliorer les dispositions réglementaires appliquées depuis 2015. Le Réseau Biodiversité pour les Abeilles s’est mobilisé pour alerter les parlementaires européens, la Commission et le Conseil européen sur les conséquences de la disparition de la ressource alimentaire pour les abeilles. Les productions mellifères florales comme le tournesol et le colza ne sont pas suffisamment encouragées. Les modes de gestion des territoires agricoles et ruraux ne permettent pas le développement d’une flore riche en pollen et en nectar.

La jachère apicole : une oasis de biodiversité pour les abeilles

Pourtant, un aménagement simple avait fait la preuve de son efficacité. Les jachères apicoles, également appelées jachères mellifères, sont des oasis de biodiversité où les abeilles peuvent butiner un pollen et un nectar de qualité, en quantité et d’origines diversifiées. Pour ces trois raisons, les colonies se retrouvent bien alimentées. Elles sont alors plus résistantes et leurs défenses immunitaires leurs permettent de mieux faire face aux parasites (Varroa, Nosema ceranae), aux virus (dont celui de la paralysie chronique), aux pathologies (loques américaine et européenne)… La présence de ces jachères apicoles sur des surfaces très réduites (de l’ordre de 0,5% de la zone de butinage des abeilles) contribue en moyenne aux deux tiers de l’alimentation des abeilles durant la période de floraison des plantes cultivées.

Mobilisation de tous les acteurs : apiculteurs, agriculteurs, scientifiques et politiques

Grâce au soutien de députés européens, en particulier de Michel Dantin et de Nathalie Griesbeck, la proposition du Réseau Biodiversité pour les Abeilles de mettre en place une mesure incitative d’ampleur européenne en faveur des jachères apicoles en s’appuyant sur l’expérience française du RBA déjà ancienne – et de la rétablir du même coup en France – a été adoptée par le Parlement européen, la Commission et le Conseil européen. Concrètement, les surfaces de jachères apicoles se verront attribuer un coefficient de 1,5 dans le calcul des Surfaces d’Intérêt Ecologique. « En 2010, les agriculteurs français avaient bénéficié d’un coefficient incitatif qui avait eu pour conséquence un développement exponentiel des jachères apicoles ou mellifères. Mais avec la suppression de ce coefficient depuis 2015, ces garde-mangers pour abeilles avaient totalement disparu de nos territoires. Avec cette décision européenne, le pollen et le nectar vont de nouveau être à la disposition des pollinisateurs sauvages et domestiques. C’est une excellente nouvelle et une victoire qui fait suite à notre mobilisation depuis des années, en particulier dans le cadre de la Semaine Européenne de l’Abeille et de la Pollinisation que nous avons créée et que nous co-organisons depuis 2012 à Bruxelles » se félicite Philippe Lecompte, apiculteur bio professionnel et Président du Réseau Biodiversité pour les Abeilles. Cette mesure sera applicable dans les 28 Etats Membres à compter du 1er janvier 2018. Le Réseau Biodiversité pour les Abeilles demande au Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, StéphaneTravert, de faciliter l’application de cette disposition au plus vite pour permettre aux agriculteurs français de faire une fleur aux abeilles.

« Cette mesure en faveur des jachères apicoles est un véritable tournant dans la PAC. Pour la première fois, les problématiques de l’apiculture et la préservation des polinisateurs sauvages sont intégrées dans cette politique publique. L’Europe intègre enfin la nutrition des abeilles dans le corpus de sa politique agricole C’est une réussite pour la pollinisation, pour l’apiculture et pour les institutions européennes » conclut Philippe Lecompte.




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