Sécurité alimentaire : à qui se fier ?

!cid_ii_14592e59ef1ea0feOGM, Bisphénol A, pesticides, perturbateurs endocriniens, aspartame, etc. : la liste est longue des substances toxiques, ou suspectées comme telles, agitées ces derniers temps par les associations, les médias et les politiques. Et la science dans tout cela ? Réponses du professeur Jean-François Narbonne, professeur en toxicologie à l’Université de Bordeaux 1, expert auprès de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) et auprès des tribunaux.

Valeurs Vertes : Face au problème de hiérarchisation des risques chimiques, qu’apporte la science ?
Jean-François Narbonne : Elle peut répondre objectivement, et travailler sur la réalité des expositions de la population aux substances chimiques. En 2007, pour guider le travail du politique, l’ANSES a publié une liste de 50 substances reprotoxiques prioritaires en fonction de leur dangerosité et de l’exposition de la population.
Au sommet de cette liste, trois phtalates. Plus loin, en 27ème position, le bisphénol A. C’est pourtant cette substance qui dicte l’actualité médiatique et politique, sans rationalité quant à la réalité de l’exposition : la France a d’abord interdit son utilisation dans les biberons, alors qu’ils ne représentent que 4 % de l’exposition des enfants.
Il faut désormais trouver un substitut à tous les usages du bisphénol A d’ici 2015. Les tickets de caisse vantant déjà l’absence de cette molécule l’ont remplacée par du Bisphénol S, dont le Japon veut se débarrasser depuis 2005. Le soja contient des phyto-oestrogènes 100 fois plus puissants que le Bisphénol A ! L’oestradiol issu des pilules contraceptives pose problème et sera inclus dans la liste des substances préoccupantes présentes dans l’eau.
V. V. : Quel est le pire risque de l’émotion instantanée face à la recherche scientifique ?
J.-F. N. : Celui de rester enfermé dans des dogmes. Ainsi, au lieu de fantasmer sur l’extrême nocivité des incinérateurs, je me suis battu pour que l’InVS * et l’AFSSA** mènent la première étude d’imprégnation aux dioxines portant sur plus de 1 000 personnes riveraines des usines d’incinération d’ordures ménagères. Elle a montré une absence de surexposition pour ces populations. L’étude épidémiologique parallèle de l’InVS portant sur 2,5 millions de personnes et plus de 150 000 cas de cancers a montré que l’incidence de certains cancers augmentait au maximum de 10 % à proximité des anciens incinérateurs, sans traitement des fumées. Ce risque correspond à deux cigarettes par jour. Le scandale ne concerne pas les incinérateurs actuels, mais bien le temps qu’il a fallu à la France, 14 années !, pour se mettre en conformité avec les normes européennes. On peut discuter de la place de l’incinération dans le traitement des déchets, mais les arguments de santé publique ne tiennent plus. Par contre, quid du problème sanitaire grave relatif aux résidus de médicaments ? Le nécessaire travail des associations ne doit pas se substituer à celui des experts publics compétents dont le métier est l’évaluation des risques. C’est pourquoi le Grenelle de l’environnement était une caricature : aucun scientifique n’était convié en dehors des scientifiques militants, par définition en conflit d’intérêt.
V. V. : Comment éviter les amalgames et les simplifications en vulgarisation scientifique ?
J.-F. N. : Un effort de sémantique éviterait bien des polémiques stériles. La confusion règne entre le danger, le risque et l’impact. Le danger, c’est le potentiel d’un vecteur d’affecter la santé d’une personne ou d’un environnement. Il faut connaître tous les dangers d’une molécule pour rester attentif à ses dégâts éventuels. Le DDT, d’abord connu pour sa neurotoxicité, fut plus tard reconnu comme perturbateur endocrinien affectant les oiseaux. Le risque, c’est la probabilité de voir apparaître des dommages dans certaines conditions d’exposition aux molécules dangereuses. Le plus difficile, c’est de prévoir l’impact d’une molécule, c’est-à-dire ses conséquences effectives – nombre de cancers, stérilité, etc.
Aujourd’hui, une confusion abusive est entretenue entre le danger et l’impact par ceux qui sont contre les OGM, contre les incinérateurs, contre les pesticides, et qui s’attribuent chacun l’explosion récente du nombre de cancers pour mieux défendre leur cause, reprise par les politiques selon leur potentiel électoral.

 

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