Changement climatique et pratiques locales : double peine pour un récif corallien

Arrêt Upolu, une des neuf îles de l’État des Samoa, dans l’océan Pacifique. Connu par les amateurs de plongée, ce récif corallien isolé promettait une riche biodiversité aux scientifiques embarqués dans l’expédition Tara Pacific, principalement du CNRS, du CEA1 et de la King Abdullah University of Science and Technology (Arabie Saoudite). Alors que certains signaux de blanchissement avaient été observés sur leur route, l’état des récifs d’Upolu s’est avéré beaucoup plus fortement dégradé : la couverture corallienne y est inférieure à 10 % pour plus de 80 % des 124 sites considérés. Selon les scientifiques, cette situation s’explique par la conjugaison de facteurs globaux et locaux. Leur étude est publiée dans la revue Marine Pollution Bulletin.

Organisée sur presque 3 ans, l’expédition Tara Pacific permet d’étudier des récifs coralliens parmi les plus isolés de l’océan Pacifique. En effet, compte tenu de leur éloignement, un grand nombre de ces récifs sont encore peu documentés. C’est le cas des îles Samoa, en Polynésie. Les scientifiques ont jeté l’ancre en novembre 2016 à Upolu, une des îles de cet État indépendant. Sa situation géographique laissait a priori espérer un récif bien préservé. Les données disponibles ainsi que les images satellites convergeaient aussi vers une grande richesse des écosystèmes coralliens.

Un récif très endommagé

Or, une fois sur place, les chercheurs ont découvert des coraux en très mauvaise santé. C’est pourquoi ils ont décidé de réaliser une étude plus poussée que prévu de ce récif : au lieu de considérer trois sites2, ils en ont sélectionné 124 autour d’Upolu – couvrant plus de 80 km de côte – afin d’inventorier leur biodiversité. À chaque fois, ils ont noté leurs observations sur l’état des coraux et le comportement des poissons. Ils ont ainsi constaté que la couverture corallienne était inférieure à 1 % dans la moitié des sites visités et de 10 % dans près de 80 % d’entre eux. Autre résultat, dans la plupart des sites, la mort des coraux était récente3. Selon les scientifiques, la couverture corallienne pouvait, il y a encore deux ans, y être de 60 à 80 %.

Des poissons stressés ?

Par ailleurs, en s’intéressant à deux espèces de poisson également rencontrées lors de précédentes escales de la goélette (Moorea, Aitutaki et Niue), les scientifiques ont constaté que les poissons d’Upolu sont plus petits et que le nombre d’individus par banc est en moyenne 4 à 8 fois plus faible que dans les trois autres îles. Ils ont observé de plus un comportement de fuite des poissons, ce qui traduirait une activité de pêche intense.

La cause de cette détérioration massive ? D’une part, le réchauffement climatique qui a augmenté un phénomène météorologique classique (El Niño) en 2015-2016 entrainant un blanchissement accru des coraux4. D’autre part, les activités humaines locales qui exacerberaient les effets du changement climatique. En effet dans les sites où la pression anthropique est importante, 30 à 40 % des coraux morts sont déjà recouverts de macro-algues (cette couverture est de 0 à 3 % dans des sites plus éloignés de toute présence humaine). Le rejet de substances chimiques, d’eaux usées, de déchets ainsi que la surpêche pourraient avoir un impact sur la capacité de coraux déjà affaiblis ou endommagés à récupérer. À l’inverse, les scientifiques ont observé des récifs en meilleure santé au cœur de zones d’aires marines protégées, signe de l’efficacité de certains modes de gestion.

Après ces premières analyses, viendra le temps d’investigations plus poussées des échantillons prélevés à Upolu. Ces prélèvements alimenteront une base de données qui permettra à terme de comparer les récifs, de distinguer et de comprendre leurs capacités de résistance aux bouleversements environnementaux.

Initiée par la Fondation Tara Expéditions et l’université Paris Sciences & Lettres, l’expédition Tara Pacific (2016-2018) est soutenue par le CNRS, le CEA, le CSM, KAUST et de nombreux autres partenaires publics et privés dont agnès b., Veolia, Fondation Albert 2, BillerudKorsnäs, la région Bretagne…

 

Communiqué de presse du CNRS




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